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On t’aime, Fanny

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J’ai été bouleversée dans Fugueuse : quand le père visionne la vidéo du viol collectif de sa fille ; quand le policier de Toronto tend la main à Fanny en disant : « It’s OK » ; et quand Fanny regarde Damien, en cour, et affirme que les odeurs des clients ne la quitteront jamais.

Mais la scène la plus marquante, c’est lorsque, sortie du centre jeunesse, Fanny mange avec ses proches et sa mamie adorée un gâteau sur lequel est écrit : « Fanny, on t’aime ». J’ai craqué.

Pour moi, Fugueuse est une série qui parle avant tout de la force de la famille. On les hait, on les aime, on se chicane, on les fuit. Mais au final, ce sont eux qui nous sauvent.

DROIT AU CŒUR

Cette série bouleversante m’a virée à l’envers. J’avais manqué quelques épisodes et j’ai donc regardé en rafale les quatre dernières heures de Fugueuse, sur Illico. Ouf !

Quand on les encaisse l’un après l’autre, quand on n’a pas une semaine pour se remettre de ses émotions, les épisodes sont des coups de poing qui ne nous laissent aucun répit.

J’ai déjà écrit ici à quel point je trouvais ridicules les bonnes âmes qui reprochaient à la série d’être trop réaliste. Si Fugueuse n’avait pas montré et de façon aussi « frontale » la réalité glauque des jeunes prostituées, pas sûre que Ludivine Reding aurait reçu autant de messages de jeunes femmes lui disant à quel point elles se reconnaissaient dans son histoire.

Grâce à l’auteure Michelle Allen et au réalisateur Éric Tessier, on a vu de la violence et du sexe à la télé, sans que ce soit de la violence gratuite ou du sexe qui titille.

D’ailleurs, le réalisateur Tessier, qui n’en est pas à ses premières armes, a déclaré qu’il n’avait jamais tourné de scènes aussi bouleversantes dans sa carrière.

Fugueuse n’a pas juste été un succès de cotes d’écoute. Ça a été un phénomène social. Pendant dix semaines, on est tous devenu la famille élargie de Fanny. On s’est tous demandé ce qu’on aurait fait si notre enfant avait fugué. Est-ce que j’aurais été dans la bienveillance, comme Mamie Manon, qui affirme que l’on n’a pas assez écouté Fanny ? Aurais-je été un parent plus autoritaire et prodiscipline, comme le père ?

On doit aussi, comme société, se demander quel modèle on offre à des jeunes filles, quand on leur vend l’idée que le bonheur passe par le bling-bling, quand on banalise l’alcool et les drogues, quand on met du cul partout à toutes les sauces.

Doit-on vraiment se surprendre si des centaines de Fanny préfèrent vendre leur corps plutôt que de travailler au salaire minimum quand on leur fait croire qu’elles doivent absolument avoir LE cell dernier cri ou LE sac à main incontournable ?

« FANNYMANIA »

En terminant, un mot pour les esprits chagrins qui n’ont pas aimé que Le Journal fasse sa une avec une histoire de fugueuse « comme à la télé ».

Quand la série Les Bougon fracassait les cotes d’écoute et était un véritable phénomène social, on qualifiait de « Bougon » les « vrais crosseurs », en disant qu’ils étaient « comme à la télé ».

Et ça ne choquait personne.