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Pas mûr pour la retraite

Ken Hitchcock, qu’on voit au côté d’Alexander Radulov au banc des Stars de Dallas, n’a été retraité que pendant deux mois et demi l’an dernier.
Photo Martin Chevalier Ken Hitchcock, qu’on voit au côté d’Alexander Radulov au banc des Stars de Dallas, n’a été retraité que pendant deux mois et demi l’an dernier.

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À pareille date l’an dernier, Ken Hitchcock était nouveau retraité depuis six semaines. Les Blues de Saint Louis avaient devancé son plan de mettre fin à sa carrière d’entraîneur dans la Ligue nationale à la fin de la saison en le remerciant de ses services. En avril, il retournait toutefois avec les Stars de Dallas, qu’il avait menés à leur seule conquête de la coupe Stanley en 1999.

Hitchcock n’aura été rentier que deux mois et demi. Lorsqu’on lui demande d’expliquer sa volte-face, il est fidèle à son image de personnage singulier. Il y va d’une longue réponse, tout en commençant par une boutade.

« Je commençais à m’ennuyer à force de me regarder et de me parler tout seul », lance-t-il.

Rattrapé par la fièvre

Mais il y a une grande part de vérité dans son affirmation. Les entraîneurs éprouvent les mêmes difficultés qu’un joueur à décrocher du métier. C’est pareil pour bien des gens dans la société. On se demande ce qu’on va faire de nos 10 doigts.

« Je commençais à apprécier mon nouveau mode de vie quand des personnes œuvrant dans le coaching ont commencé à m’appeler, continue Hitchcock.

« J’ai repris discrètement le chemin des amphithéâtres pour aller voir des matchs de la Ligue nationale, de la Ligue américaine et des circuits juniors. La fièvre m’a rattrapé. J’ai constaté à quel point le hockey me manquait lorsque j’ai touché à nouveau au métier ou que j’aidais des amis qui avaient des difficultés avec leur équipe. Ça m’a revigoré.

« Je me suis posé des questions sur la façon dont je voulais employer mon temps. Je me suis dit que je n’étais quand même pas pour rester chez moi à regarder la télévision. »

Différent pour Lemaire et Gainey

Jacques Lemaire est passé par ce que Hitchcock a vécu à ses dernières années à titre d’entraîneur. Lorsque son ami Doug Risebrough a perdu le poste de directeur général du Wild du Minnesota, Lemaire a jugé que c’était la bonne occasion de rentrer à la maison. Il était entraîneur dans la Ligue nationale depuis 16 ans et il en avait assez.

Une histoire dit que Bob Gainey, qui avait remplacé Guy Carbonneau derrière le banc avec un mois à faire lors de la saison 2008-2009, l’aurait approché pour diriger le Canadien. Lemai­re aurait montré un grand intérêt, semble-t-il, mais c’est Jacques Martin qui avait finalement hérité du poste.

Lemaire avait néanmoins mis ses projets de retraite en veilleuse en acceptant la proposition de Lou Lamoriello de diriger les Devils du New Jersey une deuxième fois. Fourbu, il quitta ses fonctions après une saison. Il reprit du service durant la période des Fêtes l’année suivante, pour remplacer John MacLean qui ne faisait pas l’unanimité chez ses joueurs.

À la fin de l’année, il avisa Lamoriello qu’il rentrait chez lui pour de bon. À 65 ans, il n’avait plus l’énergie pour continuer.

Le doyen

Hitchcock aura 67 ans en décembre prochain. Il est non seulement l’entraîneur le plus âgé de la LNH, mais il figure aussi sur la liste des plus âgés de l’histoire du circuit.

Scotty Bowman était à trois mois de son 69e anniversaire de naissance quand il a tiré sa révérence après avoir remporté sa neuvième et dernière coupe Stanley avec les Red Wings de Detroit en 2002.

« La situation était différente pour des gars comme Bob Gainey et Jacques Lemaire, estime Hitchcock.

« Ils ont joué longtemps dans la Ligue nationale avant de connaître de longues carrières à des postes de gestionnaire. Quand on passe une quarantaine d’années dans la Ligue nationale, ça finit par épuiser son homme.

« Je me rappelle avoir vu jouer Lemaire à la télévision. Je pense que c’était encore à l’époque des images en noir et blanc ! »

Hitchcock en est à sa 21e saison comme entraîneur en chef dans la LNH.

Combien de temps se donne-t-il encore ?

« J’y vais un mois à la fois », répond-il avec un sourire.

Ce n’est pas une vilaine approche.

Reconnaissant envers Gainey

Ken Hitchcock ne remerciera jamais assez Bob Gainey de lui avoir donné son premier job d’entraîneur en chef dans les rangs professionnels. C’était en 1993 avec les Wings de Kalamazoo, qui était le club-école des Stars de Dallas dans la défunte Ligue internationale.

Audition mémorable

Il faut l’entendre raconter, d’ailleurs, sa rencontre avec Gainey. Désirant faire bonne impression, Hitchcock s’était acheté des souliers tout neufs qui allaient de pair avec son plus beau complet.

Gainey était allé le chercher à l’aéroport de Minneapolis-Saint Paul par une journée très chaude, dans une camionnette délabrée. Il y avait une tondeuse qui empestait l’essence dans le coffre ouvert. Vêtu d’une tenue de travail, Gainey conduisit Hitch­cock jusqu’à une maison d’été qu’il possédait au Minnesota. Une fois sur place, il a mené l’entrevue avec Hitchcock en le faisant marcher autour d’un grand lac. Une randonnée de deux heures !

Hitchcock n’en pouvait plus. Des ampoules s’étaient formées sous ses pieds et il avait un mal fou à marcher. Le genre d’histoire qui ne s’oublie pas. Quelques semai­nes plus tard, Gainey lui confiait les rênes de son équipe-école.

Hitchcock fut promu avec le grand club après trois saisons dans les ligues mineures. En 1999, les deux hommes savouraient une conquête de la coupe Stanley. Les Stars retournèrent en finale l’année suivante, mais furent vaincus par les Devils du New Jersey.

Amis pour la vie

Hitchcock et Gainey sont toujours en contact.

« C’est Bob qui m’a donné ma chance, dit Hitchcock.

« Il a vu en moi une chose qui ne m’était pas venue à l’esprit et qui demeure une sorte de mystère pour moi. Bob estimait que j’avais l’âme d’un vendeur. Il me trouvait infatigable dans ce domaine. »

Gainey ne travaille plus dans le monde du hockey depuis deux ans, mais il a encore des antennes dans le milieu.

« On se parle régulièrement, indique Hitchcock.

« Je l’appelle quand je suis dans le trouble et il ne se gêne pas pour me dire mes quatre vérités. »