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Une pensée profondément idiote

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En 1961, le cinéaste espagnol Luis Bunuel a réalisé une comédie grinçante intitulée Viridiana.

On y suit les aventures d’une jeune femme pure et innocente qui rêve d’entrer au couvent et de devenir sainte.

Souhaitant servir Dieu, elle transforme le château de son oncle en refuge pour les pauvres.

Mais un soir, les gueux qu’elle a généreusement accueillis se saoulent la gueule, pillent son manoir et tentent de la violer...

LES BONS PETITS PAUVRES

À la sortie de Viridiana, plusieurs critiques ont descendu le film en disant que c’était une charge contre les pauvres.

« Absolument pas, a répondu le cinéaste. Je n’ai pas fait un film contre les pauvres. Je dis seulement que les pauvres sont des êtres humains comme les autres, certains peuvent être méchants... »

J’ai grandi dans un milieu populaire, entouré d’ouvriers, d’assistés sociaux et de chômeurs.

S’il y a quelque chose que je déteste, c’est lorsque des artistes issus de milieux cossus dépeignent les gens modestes comme des saints, toujours prêts à s’aider les uns les autres.

Je trouve ça affreusement condescendant.

Oui, il y avait de bonnes personnes, dans mon quartier, mais on y trouvait aussi des homophobes, des propriétaires racistes qui ne voulaient pas louer d’appartements aux immigrants, des pères alcooliques qui battaient leurs enfants...

Bref, ce n’était ni l’enfer ni le paradis.

Juste une ville comme une autre.

Dire que les pauvres sont tous des saints est aussi imbécile que dire que les riches sont tous des crosseurs.

C’est une généralisation stupide.

VISION ENFANTINE DU MONDE

Nous vivons à l’ère des généralisations stupides.

Toutes les femmes sont bonnes et généreuses, toutes les personnes racisées sont ouvertes, tous les gais sont gentils, tous les Autochtones prennent soin de la nature, etc.

Foutaise.

Il y a des Noirs racistes, des femmes qui tuent leurs enfants, des gais qui détestent les transgenres et les lesbiennes, des handicapés exécrables, des Amérindiens qui jettent leur canette de bière dans le bois...

En fait, « les » Noirs n’existent pas. Il n’y a que « des » Noirs.

Des Noirs, des gais, des femmes, des handicapés, des riches, des pauvres, des roux, des gauchers, des vieux.

Que des individus.

Certains bons, d’autres méchants.

Pour les adeptes de la rectitude politique, l’individu n’existe pas. Il n’y a que des groupes, des communautés.

Ils ne voient pas l’arbre. Que la forêt.

Ils disent lutter contre le sexisme alors qu’ils sont hyper sexistes. Ils affirment combattre le racisme alors qu’ils sont hyper racistes.

Ils enferment toujours les gens dans leur communauté.

Un Noir, pour eux, n’est pas un individu à part entière, non, c’est un Noir. Une femme est une femme. Un homme est un homme. Un Blanc est un Blanc.

Comme si les êtres humains ne pouvaient échapper à leur sexe, à leur race, à leur culture, à leur religion.

C’est une vision profondément réductrice et enfantine du monde.

UNE VRAIE JOKE

Les adeptes de la rectitude politique sont comme Justin Trudeau.

Ils sont aussi ridicules que lui, aussi réducteurs, aussi caricaturaux.

Qu’on les prenne au sérieux est une aberration.

La seule réaction qu’on devrait avoir face à leurs propos est d’éclater de rire.