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Des boissons FCKD UP toujours en vente à côté d’écoles

Plusieurs détaillants veulent écouler leur stock malgré la mort d’une jeune fille à Laval

FCKD UP
Photo Marie-Christine Noël Dans ce dépanneur de Sainte-Thérèse­­­ près du Cégep Lionel-Groulx, les cannettes de FCKD UP étaient en vente à 2 pour 7$.

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Trois semaines après la mort d’une adolescente de 14 ans qui aurait consommé des boissons alcoolisées sucrées FCKD UP, ces produits trônent encore sur les tablettes de dépanneurs tout près d’écoles secondaires et de cégeps.

Le sort d’Athéna Gervais, retrouvée sans vie dans un ruisseau derrière son école secondaire de Laval le 1er mars, a poussé le fabricant à cesser la production de sa controversée boisson. Mais plusieurs marchands ont l’intention d’écouler leur stock, a constaté l’équipe numérique de notre Bureau d’enquête.

C’est exactement la consigne que dit avoir reçue la caissière d’un dépanneur situé à deux pas du Cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse.

Près de l’école d’Athéna

« Le représentant m’a dit qu’on pouvait continuer à les liquider. Il ne m’en reste plus beaucoup, juste ce qu’il y a sur les tablettes. Ça me fait une trentaine de cannettes. C’est peu », a expliqué l’employée à notre passage.

Lors de son coup de sonde mené avec une caméra cachée, nous avions pu acheter une cannette dans un dépanneur à 500 m de l’École Poly-Jeunesse où étudiait Athéna Gervais.

Il a été possible de trouver des boissons FCKD UP tout près d’écoles secondaires, tant à Montréal qu’à Laval, ainsi que sur la Rive-Nord et la Rive-Sud.

Dans des dépanneurs de Sainte-Thérèse, Laval et Longueuil, des tablettes étaient remplies au maximum de leur capacité avec des affiches « 2 pour 7 $ » bien visibles.

C’est dans un commerce de Montréal, à côté d’un collège privé, qu’il a fallu chercher plus longtemps avant de tomber sur le petit réfrigérateur placé à côté de la porte d’entrée.

Jusqu’en juin ?

« Vous pourrez en acheter jusqu’en juin », a dit la caissière en référence à l’intention de Québec de changer la loi avant l’été afin d’interdire la vente de boissons sucrées alcoolisées dans les dépanneurs et les épiceries.

Malgré les appels au bon sens lancés par Québec et Ottawa, rien n’empêche à l’heure actuelle la vente de la boisson FCKD UP, dont une cannette contient l’équivalent en alcool de quatre verres de vin.

« On fonctionne dans la logique du pur profit, sans se préoccuper des conséquences sociales ou de la santé des personnes que l’on vise. Ça démontre un manque de sensibilité et une conscience sociale passablement élastique », dit Hubert Sacy d’Éduc Alcool.

Des étudiants interrogés à la sortie des classes mardi à Longueuil ont tous affirmé avoir déjà consommé des boissons sucrées alcoolisées. Un élève de 15 ans raconte avoir « perdu connaissance après deux cannettes de Four Loko », une boisson alcoolisée qui a été retirée du marché et est semblable au FCKD UP.

D’autres jeunes ont avoué qu’il était facile de se procurer ce genre de boisson.

« Ça fait un bon mois que j’ai bu ça [FCKD UP], lance une jeune fille de 14 ans. Je me suis sentie un peu fucked up [...] Tous mes amis en boivent. »

Ottawa a lancé en début de semaine une consultation de 45 jours pour restreindre la taille et la teneur en alcool des boissons sucrées alcoolisées.

Cri du cœur

À Québec, la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, lançait le 5 mars un cri du cœur à l’intention des propriétaires de dépanneurs pour que soit retiré le plus vite possible des tablettes ce genre de produit.

En entrevue le 5 mars, Aldo Geloso, président de la compagnie qui produisait la boisson FCKD UP, n’était pas en mesure de dire combien de cannettes étaient toujours chez les détaillants, et surtout combien de temps cela prendrait pour les retirer des tablettes.

Facilement disponibles

Saint-Jérôme

À 700 m de l’École polyvalente Saint-Jérôme

►Dépanneur Marché populaire

  • Une dizaine de cannettes disponibles

Sainte-Thérèse

À 1,5 km du Collège Lionel-Groulx

►Dépanneur 149

  • Une trentaine de cannettes disponibles

Laval

À 500 m de l’École Poly-Jeunesse où Athéna Gervais étudiait

►Dépanneur B A B

  • Une quinzaine de cannettes disponibles

Montréal

À 300 m du Collège Ville-Marie, une école privée d’enseignement secondaire

►Dépanneur Clair

  • 7 cannettes disponibles dans un petit réfrigérateur près de l’entrée

Longueuil

En face du Cégep Édouard-Montpetit et à 600 m de l’École secondaire Jacques-Rousseau

►Dépanneur du campus

  • Une vingtaine de cannettes disponibles

Ils craignent des pertes financières

Des détaillants craignent d’essuyer des pertes financières importantes s’ils se débarrassent de leur stock de FCKD UP avant de le vendre.

« J’ai suggéré de les retirer des tablettes et de prendre des mesures pour faire disparaître le produit le plus tôt possible, souligne Yves Servais, directeur général de l’Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec. Pour aider, il faudrait que leur stock soit crédité. »

Selon lui, des membres n’auraient pas été crédités lors du retrait du marché des boissons sucrées alcoolisées Four Loko en décembre et ne souhaitent pas vivre la situation une deuxième fois.

« Il y en a qui ont 1400 $ à 2500 $ d’inventaire. C’est beaucoup », ajoute M. Servais.

« Carter »

Depuis les dernières semaines, Yves Servais tente de sensibiliser ses membres.

« Je leur demande d’augmenter la rigueur lors d’une vente. Par exemple de “carter” plus souvent les clients », explique-t-il.

Le patron d’Éduc Alcool se montre plus alarmiste et estime que toutes ces boissons alcoolisées sucrées sont « des bombes à retardement » pour les jeunes.

« Il y a quatre mois, j’avais dit qu’il ne fallait pas attendre un mort avant d’agir. Malheureusement, il a fallu attendre ça », se désole M. Sacy.