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Journalistes, on tue la Une!

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Dure, dure semaine pour les journalistes québécois. Un reporter est arrêté pour avoir envoyé des courriels à une dame qu’il voulait interviewer. Une politicienne envoie une mise un demeure à des commentateurs qui auraient fait de la peine à... sa maman. Et une journaliste est sommée de parler de ses sources.

Dites donc, est-ce qu’on pourrait laisser les travailleurs de l’information tranquilles ?

Réagir en bloc

Je tourne mes doigts sept fois au-dessus de mon clavier pour commenter l’« affaire Martine Ouellet ». Je ne voudrais pas que la chef du Bloc m’envoie une mise en demeure comme elle a fait avec les collègues de La Joute. Selon Le Devoir, elle leur reproche d’avoir tenu à son sujet des propos qui lui ont fait de la peine et qui ont fait de la peine à sa mère.

En réagissant ainsi, Martine Ouellet donne raison à ceux qui jugent les femmes trop fragiles pour la « joute » politique. Comme on dit, si tu n’es pas capable de supporter la chaleur, sors de la cuisine. (Je tiens à préciser que la mention de la cuisine n’est pas une allusion sexiste.)

Si les commentateurs doivent penser aux mères des politiciens qu’ils écorchent, on n’est pas sorti du bois.

Ne riez pas de Justin Trudeau, faut pas faire pleurer Margaret !

On ne critiquera plus jamais les positions tarabiscotées de Mélanie Joly, ça pourrait heurter un membre de sa famille !

On a d’ailleurs appris cette semaine, dans le Maclean’s, que Mme Joly avait vécu beaucoup d’anxiété lors de la crise Netflix, mais qu’elle pouvait compter sur le réconfort de Naboo, un chien Mira qu’elle entraînait pendant plusieurs mois.

Il l’aurait aidée à passer à travers « l’épisode le plus difficile de sa carrière politique », au cours duquel, selon Maclean’s, elle a été ridiculisée à Tout le monde en parle.

« C’est génial de pouvoir faire de la zoothérapie dans la bulle d’Ottawa », a déclaré la ministre.

Je suis contente que Mme Joly ait pu apaiser ses anxiétés avec Naboo. Mais elle n’a qu’elle-même à blâmer pour la crise Netflix.

Si elle n’avait pas sorti sa cassette, elle n’aurait pas été tournée en ridicule par la totalité des caricaturistes et commentateurs de la province.

Oui, je sais, c’est chien. J’espère ne pas faire de peine à sa mère.

Touche pas à mes sources

L’autre dossier chaud concernant les journalistes, c’est l’affaire Marie-Maude Denis. Un juge de la Cour supérieure a statué que la journaliste d’Enquête à Radio-Canada devra témoigner au procès Côté-Normandeau.

Dévoiler ses sources ou même répondre à des questions générales sur ses sources, c’est le cauchemar de tout journaliste.

Sans sources, plus d’enquête, plus de scoop, plus de révélation, plus de sonneur d’alerte, et j’oserais dire, plus de lavage de linge sale.

Si un journaliste doit révéler ses sources, c’est toute la communauté journalistique qui est attaquée et qui tremble.

Et vous, le public, vous devez aussi craindre ce genre de dérapages.

Car sans leurs précieuses sources, dont ils protègent rigoureusement l’anonymat, mes collègues du Bureau d’enquête ne pourraient pas vous parler des coulisses de l’UPAC, des malversations à Ottawa, Québec, Laval... ou des dépenses de Michaëlle Jean.

Sans sources journalistiques, plus de politiciens dans l’eau chaude.