/sports/ski
Navigation

La force du mental

Skieurs et planchistes doivent apprendre à gérer leurs émotions pour performer

Coup d'oeil sur cet article

La structure du big air de Québec s’élève à 43 mètres et donne non seulement une vue époustouflante sur la Basse-ville de Québec et les Laurentides, mais a aussi de quoi rendre fous les plus indisposés par le vertige.

Elle n’a toutefois rien d’exceptionnel pour les compétiteurs. En fait, c’est devenu la routine de ces skieurs et planchistes qui parcourent le monde pour se surpasser avec des manœuvres tout aussi folles qu’inhumaines. Mais comment en viennent des jeunes athlètes à s’élancer à toute vitesse de cette rampe et y effectuer des sauts périlleux à haut degré de difficulté ? S’il y a une certaine part de folie et une rigoureuse préparation physique, c’est surtout un important travail mental auquel doivent se soumettre ces casse-cous de la glisse.

Maxence Parrot sait de quoi il parle. Le multiple médaillé, autant en slopestyle qu’en grand saut, s’est imposé comme une figure de proue de son sport au fil des ans. Non seulement a-t-il remporté l’or à plusieurs reprises, mais il a aussi été le premier à réaliser certaines figures en compétition. En 2013, il a réussi un backside triple cork en slopestyle, une première lors des X Games. En 2015, il en remettait en atterrissant le premier switch quadruple de l’histoire en slopestyle avant d’ajouter, l’an dernier, un switch quadruple underflip, en big air à son tableau de chasse.

PSYCHOLOGUE SPORTIF

La peur ne semble donc pas faire partie de son vocabulaire. S’il possède probablement des aptitudes au-dessus de la moyenne dans sa discipline, Parrot reconnaît que le travail se fait surtout entre les deux oreilles. C’est d’ailleurs pourquoi il travaille depuis trois ans avec le psychologue sportif Jean-François Ménard, qui aide également Mikael Kingsbury, Tessa Virtue et Scott Moir dans leur approche mentale.

« Notre sport, c’est surtout mental, concède Parrot. Il faut aussi être prêt physiquement et pendant un certain temps, j’allais au gym quatre ou cinq fois par semaine pour avoir une bonne force musculaire en cas de chute. Par contre, ce n’est pas un sport très physique, ce n’est pas comme courir un marathon. Ton mental doit est très fort, car tu dois gérer tes émotions, ton stress et ta peur. »

UNE AIDE COMME UNE AUTRE

Parrot n’a pas fait appel à Ménard parce qu’il avait du mal à gérer ses émotions, dit-il toutefois.

« Beaucoup de gens pensent que quand tu vois un psy, c’est parce que tu as des problèmes. De mon côté, je n’ai aucun problème à gérer mon stress ou la pression. Par contre, c’est bon de parler pour trouver des moyens d’être meilleurs. J’appelle ça un entraîneur mental, quelqu’un qui m’aide à devenir meilleur et à contrôler mon cerveau du mieux que je peux. »

De son côté, Laurie Blouin ne se l’est pas caché non plus lors de la conférence de presse d’ouverture du Jamboree. La pression qu’elle ressent de s’élancer devant les siens, à Québec, a rendu l’apport de son psychologue sportif encore plus important.

« Pour faire ce sport, il faut être déterminée. Il ne faut pas tu aies peur. Quand je suis en haut, ce n’est pas de la peur, c’est de l’adrénaline. J’ai hâte de m’élancer quand je suis en haut, c’est dur à expliquer. Il faut que tu aies le guts de le faire », mentionne la planchiste de 21 ans.

LES BLESSURES

La peur ne vient d’ailleurs pas simplement avec la hauteur de la rampe. Leur sport en étant un extrême, les risques de blessures sont plus élevés que dans d’autres disciplines. Sur ce plane, disons que la skieuse Kim Lamarre a donné dans sa carrière.

« Un paquet ! » s’écrie d’emblée la skieuse lorsqu’on lui demande quel nombre de blessures elle a subi.

Outre des côtes cassées, des maux de dos ou des blessures au poignet, les trois plus importantes ont nécessité des interventions chirurgicales. Toutes pour réparer des ligaments endommagés dans le genou.

Chaque fois, pour revenir en santé, sa force mentale a été mise à rude épreuve. Jamais, toutefois, elle n’a pensé arrêter.

« Quand ça fait six ou neuf mois que tu es loin des pistes, ça te gruge de l’intérieur et tu as hâte de retourner sur tes skis », ajoute celle qui considère que c’est la passion pour son sport la pousse à continuer.