/investigations
Navigation

Des contrats bien dissimulés pour la Formule électrique

Les contribuables ont payé pour une foule de dépenses qui n’apparaissaient pas dans le budget officiel

Des contrats bien dissimulés pour la Formule électrique

Coup d'oeil sur cet article

La Ville de Montréal a octroyé discrètement une trentaine de contrats sans appel d’offres pour la course de Formule électrique, qui ont totalisé plus d’un demi-million de dollars, a découvert notre Bureau d’enquête.

Trois mois après le fiasco qui a mené à l’annulation des prochaines éditions, nous avons découvert ces dépenses bien dissimulées dans une liste de 204 000 petits contrats octroyés par des fonctionnaires municipaux (voir plus bas).

Pas pour les citoyens

La facture pour louer des espaces de stationnement s’est finalement élevée à 244 000 $.

Les deux tiers de cette somme ont servi non pas pour les résidents enclavés dans le circuit, mais bien pour les employés d’entreprises, comme Radio-Canada, Molson et la Formule E.

Par exemple, 111 000 $ ont été dépensés pour relocaliser temporairement les employés et les véhicules techniques de Radio-Canada pendant les semaines précédant la course qui s’est déroulée les 29 et 30 juillet.

L’ancienne administration du maire Denis Coderre s’était contentée d’annoncer que le budget pour accommoder les résidents à l’intérieur du périmètre du circuit, privés de stationnement, serait de 80 000 $.

En tout, la Ville a loué 1698 espaces de stationnement sur 14 sites (voir cinq d’entre eux sur la carte).

C’est vers la Place des Arts et le Palais des congrès qu’elle s’est tournée pour offrir des centaines d’espaces de stationnement aux employés de Radio-Canada, puisque les puits de ravitaillement et un village d’animation occupaient les terrains de la société d’État.

Chaque emplacement pour une voiture a coûté 10 $ par jour à la Place des Arts et 43 $ par jour au Palais des congrès.

Pour expliquer cet énorme écart, le Palais des congrès précise que les employés de Radio-Canada avaient également accès à un stationnement adapté aux véhicules de grande taille.

La Ville a également loué des cases de stationnement chez Hydro-Québec. Un porte-parole de la société d’État, Louis-Olivier Batty, a assuré que c’est l’organisateur de la course, evenko, qui avait négocié le contrat de location, mais que ce dernier a demandé que le contrat soit signé par la Ville. L’entreprise evenko réfute l’information et affirme que c’est Montréal c’est électrique, le promoteur, qui a négocié le contrat.

Aucun suivi

Les stationnements payés par les contribuables ont-ils été utilisés au maximum de leur capacité ?

Impossible de le savoir. Les propriétaires des stationnements ont remis des cartes d’accès et aucune donnée n’a été compilée par la suite. La Ville dit ne pas savoir précisément étant donné les différents systèmes utilisés dans les stationnements.

Rappelons que la nouvelle administration de la mairesse Valérie Plante a décidé de mettre fin au contrat pour la tenue d’autres courses de Formule E en raison du gouffre financier engendré par la première édition.

La Ville a perdu environ 20 M$ dans l’aventure. Elle risque aussi de perdre les 7,3 M$ que lui doit Montréal c’est électrique, qui avait été créé par l’ex-maire pour chapeauter l’événement. MCE a fait faillite et se fait réclamer un total de 32,4 M$ par divers créanciers, dont 20,4 M$ par Formula E Operations qui dirige le championnat.

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria

 

D’autres dépenses sans appel d’offres

En plus de payer pour le stationnement des résidents et des entreprises dans le périmètre du circuit, les contribuables ont assumé les coûts d’une foule d’autres petits contrats pour la course de FE, dont des mandats de publicité et de marketing.La Ville a ramassé ces factures même si on aurait pu s’attendre que ce soit le promoteur de la course qui les assume, soit l’organisme sans but lucratif Montréal c’est électrique.

Enduit anti-graffiti

Des contrats bien dissimulés pour la Formule électrique
Photo Laurence Houde-Roy, Agence QMI

 

L’une des dépenses publiques les plus inusitées pour la Formule électrique est l’application d’un enduit anti-graffiti transparent sur les murets de béton qui ceinturaient la piste.

La Ville a payé plus de 15 000 $ pour acheter le produit en plus de donner un contrat de 22 310 $ pour l’appliquer.

« C’est la première fois que je le faisais pour quelque chose comme ça [les murets] », dit Martin Ashton, du Groupe Rnet. C’est la Ville qui a contacté son entreprise pour lui octroyer un contrat sans appel d’offres. Le président assure avoir facturé un prix très raisonnable étant donné qu’il devait couvrir 1500 murets.

Selon lui, la plupart du temps, on applique une peinture jaune pour protéger les blocs de béton. L’enduit anti-graffiti est normalement appliqué sur les murs de certains édifices. Il permet de les nettoyer plus facilement après le passage de graffiteurs.

Rappelons que la Ville a payé 7,5 M$ pour ces murets de béton, qui n’auront servi que pour une seule édition de l’événement.

22 000 $ pour compter les autos

La Ville a donné un contrat de 22 073 $ pour le « traitement des vidéos » à la firme de génie-conseil WSP. L’administration dit qu’il s’agissait de compter les véhicules à certaines intersections névralgiques durant deux semaines à la fin juillet et au début août. La Ville a obtenu les données de comptage brutes, mais aucun document d’interprétation.

Vidéos

Montréal a également inscrit dans ses livres un contrat de plus de 20 000 $ à l’entreprise Groupe Archvyz pour une « vidéo de présentation ».

Après vérification auprès de l’entreprise, il s’agissait plutôt d’une vidéo graphique qui présentait toutes les rues fermées à la circulation en raison de la construction du circuit.

Cette vidéo a été actualisée quotidiennement par la compagnie pendant près de 14 jours et présentée sur les réseaux sociaux de la Ville de Montréal. Elle n’est plus accessible sur le web.

 

D’autres contrats en rafale

  • 44 887 $ : Agent de liaison avec la communauté (SNC-Lavalin)
  • 29 787 $ : Gardiens de sécurité privés
  • 47 418 $ : Placement publicitaire pour la Formule E
  • 20 943 $ : Service de remorquage
  • 10 988 $ : Agents marketing lors de la fin de semaine de Formule E (Celsius Communications)
  • 5183 $ : Service de photographes pendant la fin de semaine de course
  • 15 564 $ : Conception d’une brochure informative sur la Formule E
  • 4593 $ : Location de tentes, tables, chaises, etc.
  • 2624 $ : Référencement sur Google