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Fonds des générations : le revirement de Carlos Leitão

Bloc argent
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Le Fonds des générations défraie les manchettes depuis une semaine étant donné la nouvelle stratégie du gouvernement à l’égard du remboursement de la dette. On savait déjà que les sommes versées au Fonds permettent au gouvernement de « cacher » des surplus. Au 850 M$ du surplus qu’on prévoit pour 2017-2018, il faut donc ajouter les 2,3 G$ qui ont été versés au Fonds.

Ainsi, même si les dépenses sont bien en deçà des revenus à tous les ans jusqu’à la fin des prévisions budgétaires des prochaines années, le gouvernement devra piger dans sa réserve de stabilisation lors de chacun des trois prochains exercices budgétaires afin d’éviter les déficits causés par les versements au Fonds des générations. Le gouvernement cherche pourtant à nous rassurer : si une crise devait survenir, il restera encore 2 G$ dans le fonds de stabilisation. C’est vraisemblablement bien moins que ce dont on aura besoin pour équilibrer le budget en temps de croissance. Mais bon. On ne sera alors plus en période pré-électorale et le gouvernement pourra ressortir sa tronçonneuse.

Cet enjeu de faux équilibre budgétaire, le gouvernement n’y a jamais vu de problème. En revanche, le voilà empressé de rembourser une partie de la dette publique. Pourquoi donc?

C’est que le Fonds a été conçu d’une manière un peu étrange. Il est basé sur la prémisse que, tant que les taux d’intérêt sont bas, il est plus avantageux d’investir sur le marché financier que de réduire nos besoins d’emprunts. Le gouvernement en est très conscient et indique le succès du Fonds non seulement avec la croissance de sa valeur comptable ou son effet sur la dette brute, mais aussi en montrant que le taux de rendement est presque systématiquement plus élevé que le coût des nouveaux emprunts. Cependant, l’argent qui se trouve au Fonds n’est pas utilisé: si la dette brute descend grâce à ce dernier, c’est parce qu’on le soustrait de manière comptable. Dans les faits, il faut additionner l’ensemble du Fonds à la dette brute pour savoir ce que l’on doit sur les marchés financiers. Ainsi, le choix de mettre à l’abri ces sommes colossales coûte des millions de dollars chaque année en intérêt sur les emprunts. En 2017-2018, on se prive d’environ 300 M$ simplement pour s’offrir le Fonds. Si rien n’était fait, cette somme augmentera annuellement pour se situer à près de 1 G$ en 2024. Et bien entendu, plus les taux d’intérêt augmentent, plus cette stratégie nous coûtera cher.

Cela permet un peu de remettre en contexte l’annonce du remboursement du Fonds des générations par le présent gouvernement. Bien entendu, il y a la volonté de couper l’herbe sous les pieds de l’opposition. Mais plus encore, l’artificialité du recours aux emprunts est une stratégie dispendieuse. Cependant, rien ne sera fait pour modifier cette dynamique malsaine. Le remboursement annoncé est peut-être limité sur 5 ans, mais il faudra le renouveler régulièrement si on veut que le Fonds demeure soutenable. À titre d’exemple, si le Fonds atteint son objectif de valeur comptable d’ici 2035, ce seront 2 G$ qu’il faudra payer en intérêts annuellement...

Pour lire notre analyse des mesures contenues dans le budget, c'est ici.