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RDI, le parent pauvre de TV5 ?

Laurent Ruquier
Photo courtoisie, FRANCE 2 Laurent Ruquier

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Parfois, j’en ai ras le pompon des émissions légères qui se succèdent sur toutes nos chaînes de télévision. Malgré ma bonne volonté, j’ai une indigestion de ces talk-shows qui ne sont que des prétextes à « plogues ». J’en ai marre aussi des téléromans qui se ressemblent tous. Sans parler des séries « web », la plupart interchangeables.

Je bénis le ciel que des visionnaires, comme mon vieil ami Franklin Delaney qui vient de mourir, aient créé TV5. Les soirs où je suis en plein désarroi télévisuel, je peux me régaler d’émissions que la télé publique n’a pas les moyens financiers ou, plus grave encore, ne souhaite pas mettre à l’horaire.

Grâce à TV5, je passe de beaux dimanches avec Laurent Ruquier, je découvre des terres inconnues, je feuillette chaque soir le Journal de France 2, je voyage autrement avec des artistes québécois, je visite des lieux de rêve avec Patrick de Carolis ou Stéphane Bern, je découvre d’autres ports d’attache avec Sophie Fouron, des îles lointaines avec Georges Pernoud, j’épie les oiseaux avec Pierre Verville et je sais tout de la dernière guerre grâce à Isabelle Clark et Daniel Costelle.

UNE CHAÎNE PRÉVISIBLE

Pour être franc, sans TV5, je serais plus ignorant. J’avoue apprendre aussi des choses à RDI, même si je trouve que la chaîne est prévisible et ne se fend pas en quatre pour nous surprendre.

Mardi soir, j’ai syntonisé RDI avec espoir. C’était le premier épisode d’une série de trois intitulée Les Canadiens errants. La série raconte les péripéties de trois itinérants, Robert, qui niche dans les rues d’Ottawa, Jacques, installé sous la tente à Vancouver, et Pascal, qui fait les cent pas d’un océan à l’autre.

Comme je connais la qualité de la productrice Sylvie Pelletier, une francophone qui a eu l’audace d’installer sa petite société à Surrey, non loin de Vancouver, je savais que ses Canadiens errants ne me laisseraient pas indifférent.

J’avais deviné juste. Après trois ans de travail, le réalisateur Vincent Audet-Nadeau, un des premiers diplômés de l’Institut national de l’image et du son (INIS), a accouché d’une série poignante qui nous plonge dans une grave réflexion sans tomber dans la complaisance et la pitié. Pour accompagner les SDF qu’il suit, le réalisateur a trouvé à Moncton un dénommé Pascal, un itinérant très spécial qui, de son propre aveu, « a un itinéraire très chargé » !

LES PUBS QUI GÂCHENT TOUT

Belles et pertinentes, les images de Jean-Philippe Marquis et la narration du réalisateur servent bien la série. Elle aurait fait mon bonheur sans les insupportables interruptions publicitaires et les ponctions intempestives faites dans le document pour nous retenir à l’écoute. Le seul rôle de Georges Amar, réalisateur maison, est de fourrer ses grosses pattes dans l’œuvre des autres.

Quand TV5 présente de grands reportages, on réduit à presque rien les interruptions publicitaires. RDI est-il miséreux au point de charcuter à tout moment des documentaires comme Les Canadiens errants, qui méritent tellement mieux ?

Avec des revenus d’environ 60 millions $ par an dont moins de 20 % proviennent de la publicité, RDI doit-il rester le parent pauvre de TV5 et donner préséance à la publicité au détriment des abonnés qui assurent son existence ?