/sports/hockey/homepage
Navigation

Des Montréalais d’origine libanaise s’entraînent en vue de la Coupe arabe des clubs de hockey

La gardien <b>Frédéric Nassif</b> (avant-plan) et ses coéquipiers de l'équipe du Liban, à l'entraînement
Photo Frédéric Guindon La gardien Frédéric Nassif (avant-plan) et ses coéquipiers de l'équipe du Liban, à l'entraînement

Coup d'oeil sur cet article

Chaque lundi soir depuis septembre, une vingtaine de hockeyeurs originaires du pays du Cèdre pratiquent ensemble afin d’être fins prêts pour ce tournoi qui se tiendra du 3 au 7 avril prochain, à Abu Dhabi.

Quand on évoque les pays arabes, plusieurs images nous viennent en tête avant celle d’un aréna ou d’une Zamboni. En fait, les images (parfois clichées) de déserts, de palmiers ou de chameaux nous apparaissent bien avant celles d’une patinoire ou d’une resurfaceuse.

Pourtant, grâce aux efforts d’une poignée de passionnés de hockey sur glace, ce sport connaît une invraisemblable montée en popularité dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

C’est pour mousser davantage la renommée de ce sport pour le moins exotique dans des contrées où le mercure peut avoisiner les quarante degrés Celsius qu’est organisée la Coupe arabe des clubs de hockey, au Zayed Sports City Ice Rink d’Abu Dhabi.

Dans ce second reportage sur des Montréalais qui participeront à cet événement hors du commun, nous rencontrons Frédéric Nassif (gardien), Rami Al-Kahi (ailier gauche) et Ralph Melki, qui cumule les fonctions de directeur des opérations et d’entraîneur de la formation du Liban.

Une équipe jeune, mais motivée

Un peu comme l’équipe tunisienne, la formation du Liban cherche à obtenir le statut de membre de la puissante IIHF, la fédération internationale qui gouverne le hockey mondial.

Pour ce faire, la reconnaissance de l’organisme Hockey Lebanon par le gouvernement du Liban est essentielle, tout comme la construction d’un aréna et la création d’une ligue composée minimalement de six équipe.

On est donc loin de la coupe aux lèvres dans ce cas, même si, aux dires de Nassif, Hockey Lebanon est solide et en pleine croissance, et ce, malgré le fait que c’est une organisation qui n’a été mise sur pied qu’en 2015.

D’abord centrée sur le hockey-balle, l’organisation s’est servi d’un match hors-concours sur glace contre une équipe haïtienne (qui comptait notamment Georges Laraque dans ses rangs) pour lancer son programme de hockey sur glace en février 2017.

Cette saison, qui est donc la première officielle de l’équipe, a vu l’arrivée de nombreux joueurs, qui ont entendu parler de l’équipe par les réseaux sociaux et par le bon vieux bouche à oreille.

Il faut mentionner que les joueurs qui forment l’équipe du Liban résident presque tous au Canada (dont 30% dans la région de Montréal), les autres habitant aux États-Unis ou en Europe.

Le principal défi auquel ils sont confrontés est donc celui d’avoir une certaine cohésion de groupe. Les Américains ne se déplacent certainement pas à l’aréna du collège Brébeuf à tous les lundis soirs.

Par contre, une simple anecdote illustre bien à quel point ils sont motivés: le soir de l’entrevue, un RÉSERVISTE avait fait le trajet Ottawa-Montréal pour s’entraîner avec le groupe! Et il travaillait le lendemain matin à Ottawa...

La gardien <b>Frédéric Nassif</b> (avant-plan) et ses coéquipiers de l'équipe du Liban, à l'entraînement
Courtoisie Hockey Lebanon

Des parcours atypiques

L’histoire de Rami Al-Kahi est particulièrement fascinante. Arrivé au Québec à onze ans, il n’avait bien évidemment jamais entendu parlé de hockey sur glace avant de poser le pied en sol québécois.

Obligé, à l’école où il a été inscrit, de choisir entre le patinage et le hockey, il a appris qu’en choisissant le patinage, il aurait à se produire en spectacle à la fin de l’année. Il aurait alors répondu: «Non, je veux pas ça. Mets-moi dans l’autre truc même si je sais pas ce que c’est...»

Malheureusement, sa première expérience sur la glace ne s’est pas passée de façon idéale: «La première fois, c’était littéralement cinq jours après que je sois débarqué de l’avion. Ils m’ont mis sur la glace avec des gars qui jouaient depuis qu’ils avaient cinq ou six ans. J’ai pleuré!»

Loin de se décourager, celui qui évolue maintenant à l’aile gauche poursuit: «La deuxième fois, c’était so so... La troisième, j’étais encore pourri, mais c’est là que j’ai adoré le sport».

Aujourd’hui, il est bien conscient que cet amour pour le hockey a facilité son intégration au peuple québécois:

«À Montréal, les gens issus de l’immigration pratiquent beaucoup le soccer et le basket. Il y en a moins qui jouent au hockey. Moi, pour comprendre la culture québécoise, ça a été plus rapide que mon frère, qui est plus vieux de deux ans, et qui a juste joué au basket. À cause du hockey, je me suis intégré plus rapidement que lui».

Frédéric Nassif, le vétéran gardien du club, a lui aussi commencé à jouer au hockey sur le tard, à douze ans. Né d’une mère québécoise et d’un père libanais, il est conscient que le sport l’a aidé à se faire accepter auprès de ses camarades de classe.

«Ça m’a aidé avec les problèmes que je pouvais avoir à l’école. Quand t’as un nom de famille qui sonne différent, tu fais rire de toi. Mais comme j’étais assez performant au hockey, je me faisais des amis à cause de ça», relate-t-il, confirmant du même coup la théorie selon laquelle les sports d’équipe facilitent l’intégration des immigrants.

Sous le même drapeau

Une des spécificités de l’équipe libanaise, c’est sa disparité. Loin d’être un défaut, cette caractéristique est, au contraire, un élément qui unit les joueurs.

«Le Liban est une société pluraliste. On y retrouve plusieurs religions et le système politique est conçu de façon à ce que chacune d’entre elles soit représentée. Au sein même de notre équipe, il y a plusieurs religions qui se pratiquent. Mais nous, sur la glace, on ne croit qu’à une seule chose: l’équipe, explique fièrement Nassif. Il n’y a pas de politique, pas de religion dans notre club».

«Ce n’est même pas un sujet de discussion, renchérit Al-Kahi. On est là, ensemble, sous le drapeau du Liban».

Quand on leur demande s’ils croient en leurs chances de sortir victorieux de ce tournoi, Nassif se montre confiant: «On est Libanais, mais on a une culture nord-américaine. On ne va pas là juste pour le plaisir. En fait, on va avoir du plaisir si on joue pour gagner.»

Mais Al-Kahi l’interrompt: «Avec tout le respect que je te dois Fred, c’est aussi très Libanais de vouloir gagner!»

Ça promet.