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Des signes religieux dans la police ? Non !

Bloc Police SPVM
Photo d'archives

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À Montréal, le conseiller municipal Marvin Rotrand a aujourd’hui demandé que le turban et le hijab soient intégrés à l’uniforme réglementaire du Service de police de la ville de Montréal (SPVM). La mairesse Valérie Plante a ensuite annoncé son ouverture vis-à-vis de l’idée.

Dans le cas de M. Rotrand comme de Mme Plante, c’est le mot « communautés » qui revenait le plus souvent, associant étroitement les appartenances culturelles à l’expression publique des religions. Encore une fois, on constate que la laïcité est très mal comprise. Cette dernière ne perçoit pas une société comme une mosaïque de communautés, mais comme un ensemble de citoyens sans se soucier de leurs origines ou de leur religion. Il y a des droits et des devoirs, et ceux-ci s’appliquent à tout le monde. Par conséquent, il faudrait, à mon sens, refuser la demande du conseiller Rotrand tout autant qu’il faudrait dire non à des catholiques qui exigeraient de porter des épinglettes en crucifix tout en travaillant pour le SPVM.  

Parce qu’elle est l’antithèse du racisme, la laïcité estime nécessairement que tous les citoyens et toutes les citoyennes sont capables de s’adapter aux règles communes démocratiquement déterminées, ici l’absence d’expression religieuse quand on travaille pour l’État, pendant, et seulement pendant qu’ils ou elles sont au travail. Cela n’a rien à voir avec un quelconque inconfort face aux signes religieux qu’on peut voir sur la rue. Il importe de bien comprendre la distinction entre vie privée et fonction professionnelle. Si le hijab porté par une femme qui marche sur la rue ne nous regarde pas, il en va tout autrement d’un signe porté par un(e) représentant(e) de nos institutions publiques, lesquelles n’ont pas de religion.

L’exigence vestimentaire est d’autant plus criante quand il s’agit d’employé(e)s détenant des positions de coercition. Si j’ai le malheur de griller un feu rouge et qu’un policier portant le turban m’arrête et me donne une contravention, est-ce un représentant du SPVM ou de la religion sikhe qui affirme son autorité légitime ? Dès 2008, le rapport Bouchard-Taylor –qui ne peut être soupçonné de verser dans une quelconque forme d’extrémisme laïque- rejetait une interdiction des signes religieux pour les employés de l’État, mais la considérait néanmoins comme nécessaire pour les juges, les procureurs de la couronne, les policiers et le président de l’Assemblée nationale. Le strict minimum, en somme.

Il faut savoir tracer la ligne de l’acceptable là où elle doit être tracée.

Il serait intéressant d’entendre les partis politiques québécois sur la question...