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De l’ambition pour le Plan commerce

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Le 3 avril dernier, nous apprenions la composition du comité consultatif sur le commerce de détail mis sur pied par la mairesse Plante. Réunir experts, universitaires, commerçants, associations sous la présidence de M. Guy Cormier, président et chef de la direction de Desjardins, c’est un tour de force prometteur. Par ce geste, l’administration Plante démontre que le développement économique sera aussi son terrain de jeu, déboulonnant au passage l’idée d’un parti éloigné du monde des affaires.

Et si précisément cette approche permettait d’essayer de nouveaux remèdes aux maux qui affligent le commerce de détail? Car les administrations municipales ont la fâcheuse tendance de considérer les commerçants comme une clientèle électorale à satisfaire ou des voix fortes à apaiser. Ce réflexe de la politique du «serrage de mains» n’a pourtant pas réussi à endiguer le déclin du commerce de détail ni à proposer des solutions innovantes abordant la complexité des enjeux du commerce de détail et des mutations économiques.

C’est pour ces raisons que la création de ce comité diversifié, composé notamment de commerçants de divers secteurs, tant de l’ancienne garde que de la relève, d’experts reconnus de trois universités, de l’Association des restaurateurs du Québec, de celle des sociétés de développement commercial de Montréal, ainsi que de l’organisation Rues principales, est une très bonne nouvelle pour Montréal. Avec pour mandat d’amener des propositions constructives en vue de l’élaboration du Plan commerce de Montréal, il devra rendre son rapport dès juin 2018.

La tâche est ambitieuse. Elle sera profitable si ces recommandations réussissent à ouvrir de nouvelles avenues autres que l’habituelle rengaine du stationnement et du cône orange comme sources de tous les maux.

Une avenue incontournable pour ces travaux sera d’aborder la dynamique commerciale comme étant indissociable de l’aménagement de la ville. Des quartiers mixtes et densifiés, des artères commerciales accessibles en vélo et à pied, des réseaux de transport en commun en adéquation avec les pôles commerciaux en sont non seulement des exemples, mais certainement des occasions d’innovation. Étendre les véhicules libre-service au territoire montréalais, déployer le réseau BIXI sur l’ensemble des artères commerciales, rendre ces artères accessibles et sécuritaires pour tous, concevoir des espaces publics de qualité et animés, offrir des haltes chaleur l’hiver aux clients à pied, font que l’expérience client se démarque du panier d’achats en ligne. L’occasion est à saisir de positionner Montréal avec une offre distincte du mégacentre et en phase avec les grandes métropoles.

L’administration Plante comptera certainement sur les recommandations du comité pour oser toucher à des vaches sacrées. C’est à souhaiter. Prenons la rue Sainte-Catherine, où malgré les données qui démontrent que la grande majorité des clients y viennent à pied, à vélo ou en transport en commun, l’idée de retirer des cases de stationnement de manière permanente afin d’offrir des trottoirs vastes et aménagés a été écartée par l’équipe précédente. L’annonce imminente du projet revisité du réaménagement de la rue Sainte-Catherine Ouest donnera d’ailleurs un signal clair, espérons-le. Il ne faut pas chercher non plus si loin de Montréal pour des histoires à succès. Toronto a implanté une piste cyclable sur une artère commerciale importante, Bloor Street, qui a fait augmenter l’activité économique et diminuer le nombre de locaux vacants.

D’autres chantiers tels que celui de la taxation feront assurément partie du plan de travail de ce comité. Mais d’ores et déjà, il y a espoir d’un véritable changement de paradigme dans la manière d’aborder cette complexe interaction entre l’activité économique, l’aménagement de la ville et les habitudes des citoyens clients de nos commerces de détail.

 


À PROPOS DE MOI

J’entame par ce premier texte cette aventure d’écriture sur les enjeux urbains et municipaux. Montréalaise d’adoption, cela fait plus de 15 ans que je travaille et m’implique en faveur de villes durables et démocratiques. Titulaire d’une maîtrise en économie sociale et d’un diplôme 2e cycle en administration publique, j’ai aussi foulé le plancher du conseil municipal. Élue conseillère de ville de 2009 à 2013, je me suis intéressée à l’aménagement urbain et à la participation citoyenne, et j’ai assumé plusieurs fonctions au niveau montréalais en matière de finances et de développement économique. J’adore découvrir la ville, à pied, à vélo, sur l’île et aux alentours,  ce qui se fait de mieux - et de pire ! - ici comme ailleurs dans le monde. Au plaisir d’explorer ces enjeux !