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Lettre à madame Catherine Tait

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Je ne crois pas vous avoir déjà rencontrée. Mais j’ai entendu parler de vous. Je sais, par exemple, que vous êtes audacieuse et que les risques ne vous effraient pas. On m’a dit aussi que vous tolériez mal l’incompétence et la connerie. Enfin, et cela vous honore, on m’a confié que vous êtes opiniâtre et capable de monter sur vos grands chevaux si besoin est.

Vous aurez plus d’une occasion de le faire comme PDG de CBC/Radio-Canada ! D’autant plus que vous connaissez le tabac, comme on dit familièrement. C’est invraisemblable, mais depuis 50 ans, à l’exception de Pierre Juneau, aucun des 10 PDG qui se sont succédé à Radio-Canada n’avait une expérience pratique du film ou de la télévision.

Vous l’ignoriez peut-être, mais jusqu’à mardi matin, aucun des membres du conseil d’administration ne savait que vous alliez être nommée PDG. Même pas le président Rémi Racine. CBC/Radio-Canada est l’une des seules sociétés au monde dont le PDG et le président du conseil sont immuables. Sans compter que les membres du conseil n’ont rien à voir avec la nomination de l’un et de l’autre.

Votre ministre responsable, Mélanie Joly, profitera peut-être de la révision de la Loi sur la radiodiffusion pour changer cet étrange état de choses, mais, pour l’instant, comptez que vous êtes la reine incontestable et indélogeable de Radio-Canada.

Un pouvoir absolu

Ce n’est pas Michael Goldbloom, le nouveau président du conseil d’administration, qui vous mettra des bâtons dans les roues. C’est un brave homme, fort intéressé par l’information et les médias écrits, un avocat aussi imprégné de droit que de culture, ce qui n’est pas si commun. Somme toute, chère madame, vous êtes investie d’un pouvoir absolu.

Voilà pourquoi on vous tombera dessus – moi, le premier – si rien ne change dans notre vénérable société d’État. Le mandat de Radio-Canada, dont tous les diffuseurs privés réclament à grands cris la précision, est la responsabilité du gouvernement, mais vous êtes la première responsable de son interprétation.

Si vous lisez attentivement les huit obligations qu’impose la loi à Radio-Canada, vous n’aurez aucun mal à comprendre que la plupart des Canadiens aient à redire de la programmation de la télé. Les téléspectateurs du réseau français parce qu’ils trouvent son contenu trop léger et les francophones hors Québec parce qu’ils se sentent oubliés. Les anglophones d’un océan à l’autre, sauf ceux qui vivent dans le grand Toronto, parce qu’ils ne se retrouvent pas dans leur télé.

Et la publicité ?

Pourrez-vous convaincre le gouvernement de vous libérer de la publicité ? En rationalisant vos opérations, il suffirait de moins de 300 millions $ pour que vous puissiez y arriver. Est-ce que je rêve en couleurs ?

Ne vous attardez pas trop à votre radio. Elle est bien distincte de la radio privée et, Dieu merci ! libre de publicité. Tous les Canadiens l’aiment. Même que les anglos y tiennent beaucoup plus qu’à votre télé.

Avec vous, Radio-Canada pourra enfin tirer plein profit de l’ère numérique comme vous avez su le faire avec iThentic et Duopoly, les deux sociétés que vous avez créées et que vous dirigez encore.

Avec des vice-présidents de vision comme Michel Bissonnette à Montréal et Heather Conway à Toronto, vous serez bien servie. Souhaitons seulement que votre vision et la leur concordent. Avec celle de la ministre aussi, évidemment.