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Quel est le «vrai» rhum cubain ?

Alcool rhum consommation
Photo d'archives

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Entre révolution et droits commerciaux, la bataille du «vrai» rhum cubain se livre entre l’américain Bacardi et le français Pernod Ricard depuis des décennies pour le contrôle de sa distribution dans le monde.

Pernod Ricard détient les droits du rhum fabriqué à Cuba, acquis en 1993, et le commercialise sous le nom de Havana Club. Mais Bacardi, qui a, lui, acquis en 1994 les droits commerciaux de la recette originale auprès des fondateurs, la famille Arechabala, vend aux États-Unis un rhum sous le même nom.

Pour Pernod Ricard, il ne fait aucun doute que le «vrai» rhum cubain est le sien puisqu’il est distillé à Cuba avec des ingrédients 100% cubains.

«Pernod Ricard s’est associé avec le gouvernement (cubain) pour réaliser des profits à partir d’un bien volé», affirme au contraire à l’AFP Roberto Ramirez, responsable des marques chez Bacardi.

Bacardi a commencé à vendre son propre rhum sous le même nom Havana Club en 1995, fabriqué à Porto Rico (un territoire américain) et vendu aux États-Unis avec le slogan «Chassé de la maison, vieilli en exil mais pour toujours cubain».

Les familles Arechabala et Bacardi ont quitté Cuba au moment de la révolution castriste en 1959 et tous leurs biens ont été saisis, y compris leurs distilleries de rhum.

Si Bacardi possédait déjà des distilleries hors de Cuba, notamment à Porto Rico, les Arechabala, qui produisaient le Havana Club depuis 1934, n’avaient pas les moyens de s’installer ailleurs et leurs droits sur la marque ont expiré en 1974.

La société gouvernementale cubaine a ensuite enregistré le nom auprès des autorités américaines mais en raison de l’embargo américain contre l’île, elle ne peut pas vendre aux États-Unis le rhum produit sous ce nom.

Depuis 1993, cette société est en joint-venture avec Pernod Ricard, le deuxième groupe de spiritueux mondial, qui a engagé des poursuites contre Bacardi pour son utilisation du nom en l’accusant de tromper les consommateurs en affirmant vendre le véritable rhum cubain.

Recette originale

Mais Bacardi affirme que sa recette est originale et jouit du soutien de parlementaires américains élus de la Floride où se trouve une importante communauté d’exilés cubains.

Son slogan est «ne venez pas nous dire que nous ne sommes pas Cubains». L’entreprise vient même de présenter un spectacle «théâtral» racontant l’histoire des Arechabala et de «l’héritage que le gouvernement (cubain) tente d’effacer».

Mais quel est le «vrai rhum» ? Celui fait à Cuba ou celui distillé à partir de la recette originale ?

Ian Burrell, un expert en rhum basé à Londres, admet que la recette est importante car le «maestro roneros» (le «maître rhumier») mélange différents lots et levures pour créer «une flaveur unique».

«Il peut donc y avoir une grosse différence entre les deux produits», souligne-t-il, en ajoutant qu’ils peuvent être utilisés de manières différentes et pour créer des cocktails distincts.

Mais aucune des deux versions ne ressemble à celle qui existait avant la révolution castriste en raison des changements des méthodes de distillation au fil du temps. La lutte se livre donc surtout sur l’utilisation de la désignation «cubaine», un élément particulièrement important pour le marketing.

Bacardi a déposé plainte à la fin de l’année dernière contre le gouvernement américain pour avoir renouvelé rétroactivement les droits du gouvernement cubain de vendre le rhum Havana Club sur le territoire américain quand l’embargo économique contre La Havane sera levé.

Une perspective à laquelle s’est aussi préparé Pernod Ricard en enregistrant aux États-Unis le nom «Havanista» pour y vendre son rhum si cet embargo disparait.