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L'empreinte de l'horreur

victime attentat mosquee
Photo d'archives Simon Clark

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C’est parfois difficile d’être un humain. Surtout un insécure. On se réfugie vers des absolus pour se rassurer, mais les vrais absolus sont infiniment rares. Le vieux dicton parle de la mort et des impôts comme étant les seuls, purs, absolus.

Un exemple: J’ai toujours fermement cru qu’il était mieux d’avoir toute l’information, même pénible, en main. Qu’il fallait montrer au lieu de cacher. Je préfère trop en savoir que pas assez et décider ensuite par moi-même.

Cette certitude, cet absolu, s’effrite au fil des ans.

Ç’a commencé quand je suis tombé en ligne sur la vidéo de l’exécution d’un soldat, égorgé, à la fin des années 90. Je regrette depuis ce jour d’avoir cliqué. Je ne suis plus la même personne depuis que je l’ai vue et je ne retrouverai jamais le Nico d’avant. Je ne dis pas que ça m’a complètement transformé, seulement que le dentifrice ne peut être remis dans le tube. Malgré le fait que je sois amateur de films d’horreur depuis mon tout jeune âge, il n’y a aucune commune mesure. Le cerveau fait la différence entre fiction et vérité. Une fois qu’on a vu ce genre de vidéo, il y a une parcelle de pureté qu’il nous est impossible de retrouver ensuite.

Donc déjà, je ne vois aucune raison valable, bénéfique à l’existence de cette vidéo sur internet, sauf celle d’exciter les tordus ou d’attiser la haine envers un groupe ou un autre. Idem pour celle de Magnotta et de nombreuses autres.

La cour se penche actuellement sur la requête de certains médias de pouvoir diffuser des images de la tuerie du 29 janvier 2017 de l’intérieur de la grande mosquée de Québec. À une époque pas si lointaine, j’aurais dit: «Absolument! C’est dans l’intérêt public.»

Aujourd’hui je dis: «Non, merci. Diffuser cette vidéo ne nous apprendra rien.»

Surtout que l’auteur de la tuerie, qui prétend ne pas pouvoir expliquer son geste, a consulté des centaines de liens et vidéos de ce genre concernant des tueries précédentes, dont celle de la Polytechnique, celle de Columbine et celle perpétrée par un suprémaciste blanc dans une église de Charleston en 2015.

Deux tueries à l’école, une à l’église, d’ailleurs cette dernière est celle qu’il a le plus consultée (plus de 200 fois). Ses ex-camarades de classe disaient qu’il avait été intimidé à l’époque. C’est donc dire qu’il a possiblement considéré une autre cible qu’un lieu de prière. Les fidèles de la grande mosquée de Québec auraient donc été victimes du plus morbide jeu de hasard.

Je ne suis pas un révisionniste (j’ai même cette pratique en horreur). On n’a pas à effacer les traces du passé. Une nouvelle est une nouvelle. Mais où est l’intérêt public dans la diffusion de cette horreur? Je l’ignore.

Je sais par contre ceci: les victimes de la grande mosquée de Québec, leurs femmes et enfants inclus, méritent mieux que de devenir une vidéo virale qui inspirera peut-être un autre massacre.