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Radio-Canada et les faits

Periode des questions
Photo Simon Clark François Legault

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Une mode s’est développée dans les médias de procéder à ce qu’on appelle des « vérifications des faits ». Particulièrement en période électorale, cet exercice peut faire perdre à la face à un candidat ou à un chef qui aurait dit quelque chose de contraire aux « faits ».

Dans ce nouvel univers de chasse aux fausses nouvelles dites fake news, cette notion de vérification des faits prend encore plus de poids. Et un média qui s’exprime sous le titre « Vérification des faits » se met une sérieuse pression.

C’est l’exercice auquel s’est livrée Radio-Canada cette semaine. Une vérification des faits concernant les affirmations de François Legault sur les gigantesques paiements de péréquation que reçoit le Québec.

Le Québec plus pauvre ?

Je dois dire que je considère que les positions du chef caquiste sur la péréquation sont plutôt courageuses. Dans un Québec qui aime généralement les gros chèques d’Ottawa, oser dire que l’ampleur de la péréquation témoigne d’une pauvreté qui n’est pas normale, bravo ! Le Québec a trop de ressources pour faire partie des pauvres du Canada.

Dans ce reportage d’une station locale de Radio-Canada, le journaliste promet de vérifier l’affirmation de François Legault. Est-il vrai que l’octroi d’énormes paiements de péréquation témoigne d’une mauvaise santé économique et financière du Québec ? Réponse du journaliste : non. Legault se trompe.

Cette prétendue vérification des faits est une farce. D’abord un seul « expert » est consulté, Ianik Marcil, un économiste très associé aux mouvements de gauche, qui a même participé à certains événements de Québec solidaire. Cela ne lui enlève rien de ses compétences, mais cela nous indique que la CAQ n’est sans doute pas sa tasse de thé.

Pour condamner Legault, l’économiste affirme que « le calcul de péréquation est basé sur la capacité d’une province de percevoir des taxes et des impôts » et non sur sa santé économique. Il est vrai que cette capacité à récolter des taxes et impôts est au cœur de la péréquation, le but étant de donner à chaque province la capacité de fournir des services équivalents.

Mais comment ignorer que si le gouvernement d’une province recueille moins d’impôts, c’est parce que les revenus des ménages et des entreprises sont inférieurs ? C’est la définition même de la pauvreté. Terre-Neuve fut longtemps une province pauvre, récupérant des fortunes en péréquation. Avec le pétrole, les revenus y ont augmenté. Maintenant, Terre-Neuve fait partie des provinces riches qui paient pour nous !

Opinion vs faits

Au mieux, on pourrait dire que l’économiste Marcil présente un point de vue minoritaire parmi les économistes. Mais parler d’une vérification des faits ? Complètement inacceptable. Dans ce cas, l’usage de l’expression « vérification des faits » devient une fake news.

Les adversaires de Legault répandent ensuite cette interprétation tordue et s’en servent comme une arme. Le lecteur s’en tient au titre : Legault est condamné. Injuste et dérisoire pour le débat public.

Vérification des faits : les patrons de la société d’État ont laissé cette farce en ligne toute la semaine.