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Rémunération des stages: étudiante sage-femme à la mer

Rémunération des stages: étudiante sage-femme à la mer
Photo courtoisie, Jean-Philippe Brochu

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Je suis étudiante sage-femme et maman. Il y a de ces moments où je me sens submergée et où je me demande si je viendrai un jour à bout de ce baccalauréat de quatre ans et demi.

Car celui-ci comporte 2352 heures de stages non rémunérés, dans des conditions qui m’empêchent d’occuper un emploi : je dois être de garde 24 h sur 24 jusqu’à 7 jours consécutifs ; effectuer des visites pré et postnatales, et assister à des accouchements à domicile, en maison de naissance et à hôpital à toute heure du jour et de la nuit, dans un rayon allant jusqu’à 100 km. Et ce, sans aucune reconnaissance financière ni dédommagement pour tous les frais encourus par mes stages.

Quel professionnel accepterait d’utiliser sa voiture à ses frais pour parcourir plus de 5000 km par année et son téléphone pour être joignable plus de 96 heures par semaine ? D’assumer les coûts de déménagement à quelques semaines de préavis après l’obtention d’un stage loin de sa maison ?

Que ce soit Noël, Pâques ou l’anniversaire de mon fils, je suis de garde pour pouvoir être auprès des femmes dont je fais le suivi lors de leur accouchement. Et cette disponibilité me tient à cœur puisque la continuité du suivi relationnel avec les femmes et leur famille est au cœur de la philosophie des sages-femmes qui m’est si chère, dans le précieux modèle de pratique québécois. Mais sans aucune aide financière adéquate ? C’est dégradant. Et cela met en péril notre graduation. Plusieurs femmes se voient dans l’obligation d’arrêter un temps pour se rééquilibrer...

Sacrifice au nom d’une vocation ?

Contrairement aux stagiaires de la fonction publique ou aux résidents en médecine, je n’ai pas eu droit au RQAP lorsque je suis tombée enceinte parce que mes stages étaient non rémunérés, augmentant de ce fait un peu plus ma précarité financière.

Épuisée, j’ai pris la décision, en septembre dernier, d’interrompre mes études pour une année, à la suite d’un placement en stage à Montréal, alors que ma famille habite à Sherbrooke. J’ai 33 ans et j’ai hâte d’obtenir mon diplôme. La moyenne d’âge chez mes consœurs est de 30 ans. Actuellement, 43 % d’entre elles sont mères de famille, contrairement à une moyenne de 10 % dans tous les autres niveaux d’étude confondus au Québec. Les étudiantes sages-femmes ont à débourser plus de sept fois les frais annuels moyens des autres étudiants québécois.

Force est de constater que nous faisons les frais d’avoir choisi une profession traditionnellement féminine, où le sacrifice financier se fait au nom de la « vocation », car les stagiaires de professions traditionnellement masculines (administration, informatique, génie etc.) sont payés, eux.

Un choix de société

À l’heure actuelle, on sait qu’une femme sur quatre choisirait un suivi avec une sage-femme lors de sa grossesse, mais moins de 4 % d’entre elles y ont accès. L’OMS prône quant à elle une démédicalisation de l’accouchement, et de nombreuses études montrent que les sages-femmes permettent de réduire le taux d’interventions médicales. Le ministre Barrette lui-même « reconnaît la valeur ajoutée de ces intervenantes de première ligne » et son gouvernement s’était fixé en 2008 un objectif de 10 % de suivi de grossesses auprès des sages-femmes pour cette année, une cible loin d’être atteinte.

Dans ce contexte, pouvons-nous, comme société, accepter que l’endettement et l’incapacité à satisfaire les exigences financières du programme réduisent le taux de diplomation des étudiantes sages-femmes ? Actuellement, le taux de diplomation au bac sages-femmes dans les délais prévus est 18 % plus faible que dans les autres programmes de santé offerts par l’UQTR. Cela prive ainsi la population de sages-femmes dont les femmes ont grand besoin.

La semaine dernière, les étudiants en enseignement ont obtenu une compensation financière pour leur stage de quatrième année et les résidents en médecine ont conclu une entente de principe avec le ministre de la Santé concernant leur rémunération. Cela m’encourage à me battre pour les générations de sages-femmes de demain, comme l’ont fait les pionnières de la profession pour faire reconnaître la pratique dans notre système de santé il y a bientôt 20 ans de ça.

J’ai confiance que nos revendications seront entendues, que nous serons soutenues à la hauteur de nos efforts, et l’appui de milliers de femmes à travers le Québec me donne courage.

Mayou Soulières est étudiante sage-femme. www.conaitreensemble.com