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Fouler sa peine à Compostelle

<b><i>Alice marche sur Fabrice</i></b><br />
Rosalie Roy-Boucher<br />
Les Éditions de Ta mère, 161 pages
Photo courtoisie Alice marche sur Fabrice
Rosalie Roy-Boucher
Les Éditions de Ta mère, 161 pages

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Le titre amuse : en se lançant sur le chemin de Compostelle, il est vrai qu’Alice marche sur Fabrice ! Et c’est tout un défoulement.

Alice aimait Fabrice, il l’a trompée avec une amie, elle a rompu et elle est en colère. Une forte colère, de celle qui amène à tout brasser.

Alice a donc tout liquidé – il faut dire que cette jeune femme de 26 ans, écrivaine de petites annonces, n’a pas tant de possessions – pour aller marcher sa rage en choisissant la mythique route de l’apaisement.

On s’en doute, son état d’esprit est à mille lieues du pèlerinage traditionnel de Compostelle. Au point de départ, on lui a proposé d’écrire une demande de prière. La sienne allait comme suit : « Priez pour que Laure Bastien meure d’une maladie longue et douloureuse. Elle devra être seule et détestée de tous. [...] Priez pour que cette voleuse d’amoureux se dirige droit vers les infâmes, pis qu’on lui pique le cul à longueur d’éternité avec des lames rouillées. »

« C’est à se demander ce que je suis venue foutre ici », comme elle dit.

Et c’est ce qui rend si sympathique ce roman, écrit au « je » – ou plutôt parlé tant le ton emprunte à l’oralité. Alice va nous raconter les choses comme elle les ressent, œil ouvert sur son entourage qu’elle observe sans concession.

Portraits

Chemin faisant, forcément, elle croisera bien des gens : pèlerins véritables, retraités en quête de défi, jeunes en quête d’inusité, touristes en groupe, habitants du coin, plus tous ces gens qui les dépassent en voiture... Ça donne des portraits qui font mouche.

Elle aura chaud aussi, et mal aux pieds, et n’avancera pas autant qu’elle l’avait envisagé. Ce n’est pas non plus le luxe. Elle s’offre parfois une jolie auberge, mais elle se retrouve surtout dans des dortoirs ou bien des gîtes « crasseux au possible ».

Surtout, le mal qu’elle ressent ne disparaît pas si vite : l’introspection s’accommode mal de toute la faune qui circule ou traverse le chemin de Compostelle. « Pas moyen d’échapper à la plèbe affable, elle a le zèle débordant, l’obligation de vomir de la gentillesse au marcheur. »

Néanmoins, elle avance, et nous l’accompagnons dans sa mauvaise humeur aux images décapantes, tout le long du tronçon qu’elle a choisi de faire, de Notre-Dame-du-Puy en France jusqu’à Santiago, destination finale en Espagne. Un trajet de deux mois et demi.

Néanmoins, le vent tournera. Alice fera la fin du parcours en compagnie d’un joyeux trio, et d’un charmant ami, et elle revisitera la fin de son histoire avec Fabrice. L’apaisement serait-il possible ?

De ce petit roman haut en couleur de Rosalie Roy-Boucher­­­, on retiendra deux souriantes leçons. Non, le chemin de Compostelle n’est pas synonyme de dévotion. Oui, l’enterrement d’un amour ne peut se vivre sans mal : autant, dès lors, aller au-devant des ampoules­­­!