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Le côté sombre de La Bolduc

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Alors, êtes-vous allé voir La Bolduc en fin de semaine ? Avez-vous turluté les airs les plus connus de Mary Travers ?

Moi aussi, j’ai passé ma fin de semaine à écouter de la Bolduc, parce que je suis tombée sur une chanson de l’auteur-compositeur-interprète qui m’a scié les jambes. Disons que ce n’est pas très « politiquement correct ».

La Bolduc raciste ?

C’est Benoît Melançon du blogue L’oreille tendue, qui a rappelé cette note discordante dans l’œuvre pourtant bien sympathique de La Bolduc. La chanson s’intitule L’ouvrage aux Canadiens et daterait de 1931. Attachez votre tuque avec de la broche, c’est pas piqué des vers.

« Notre grande ville est remplie d’immigrés / Nos Canadiens peuvent plus les supporter / Si ça continue il va falloir quêter / Avec une poche sur le dos et pis un p’tit panier.

« Un bon Canadien ça vaut trois immigrés / Et pis ça s’adonne qui ont pas peur d’travailler / Au pic pis à la pelle ça les dérange pas / Pour peupler l’Canada j’vous dis qu’sont un peu là.

« On s’occupe de l’hygiène et du bureau d’santé / On s’couche pas une dizaine dans une chambre à coucher / On s’nourrit pas à l’ail et au baloney / C’est pour ça qu’ces gensses-là se donnent meilleur marché. [...]

C’est aux employeurs que je m’adresse maintenant / Prenez un Canadien et vous serez content. »

Vous trouvez ça raide comme réquisitoire anti-immigrés ? Écoutez le refrain, qui revient constamment dans la chanson : « C’est à Montréal qu’y a des sans-travail / C’t’effrayant d’voir ça les gensses qui travaillent pas / C’est pas raisonnable quand il y a de l’ouvrage / Qu’ça soit les étrangers qui soient engagés. [...] »

Ces propos ressemblent à un discours anti-immigrants, xénophobe qu’on associe avec des groupuscules fascistes ou des partis politiques d’extrême droite. On est loin du « vivre-ensemble », de l’intégration, de l’ouverture à la diversité. C’est une dénonciation en règle des sales « voleurs de job » qui viennent enlever du pain dans la bouche des petits Canadiens français.

La Bolduc reflétait dans cette chanson (qui nous donne des frissons de dégoût aujourd’hui) ce qui était sûrement à l’époque un sentiment populaire assez courant.

Ce qui est surprenant, c’est qu’elle ait mis ça en chanson. On aurait pu lire ce genre de propos dans des journaux xénophobes, mais l’idée de chantonner sur un petit air guilleret une toune qui dénonce les mangeurs d’ail et qui dit qu’on ne plus supporter les immigrés, les étrangers, ça détonne.

Quand j’ai entendu cette chanson en fin de semaine, je me suis dit que c’est un aspect de la vie courante dans les années 30 qu’il aurait été drôlement intéressant d’explorer dans le film. Au lieu de nous montrer uniquement le côté rassembleur de la Bolduc, le fait d’explorer ses ambiguïtés aurait apporté plus de profondeur au scénario.

Raconte-moi ta vie

Après tout, que veut-on voir quand on regarde une biographie ? Une vision idéalisée du personnage ou un portrait juste, lucide, de ses forces et ses faiblesses ?

Montrer le côté moins reluisant de son œuvre, qui a bel et bien existé, aurait été plus intéressant que d’inventer de toutes pièces des événements qui n’ont pas eu lieu.