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Pont Champlain : prenez votre temps !

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J’habite au pied du « vieux » pont Champlain, à quelques jets de pierre du nouveau pont que le consortium SSL est en train d’ériger. De la poussière de ciment, j’en bouffe depuis des mois. Sans parler des bouchons causés par les travaux. Une certaine fierté mêlée d’admiration m’accompagne aussi à mesure que le nouveau pont s’élève sous nos yeux. J’ai pris l’habitude de prendre des photos des travaux, avec ces immenses poutres et ces échafaudages impressionnants. J’ai même fait des bye-bye à des travailleurs haut perchés qui risquent leur vie pour monter la structure dans les temps. Mais je m’inquiète.

Trop de pression

Des négociations ont cours pour reporter la date de livraison. Mais le gouvernement veut son pont avant Noël. Il l’a promis. La pression est donc grande pour livrer le pont à temps. Je dis : prudence. Cela ne sert à rien de précipiter l’échéancier. Au contraire, je suggère aux constructeurs et aux élus de prendre le temps nécessaire. Au point où on en est, ce ne sont pas quelques millions de plus qui feront une différence. On en a pris notre parti : le nouveau Champlain coûtera deux fois plus cher que prévu. C’est comme ça. Au Québec, on est incapable de construire en respectant le budget. Que ce soit un bout de trottoir ou un échangeur, on fait des calculs de coin de table.

Attention danger

Même si ça nous coûtera collectivement plus cher, vaut mieux s’assurer que les travaux seront faits sans couper les coins ronds. Et sans risquer la vie des travailleurs. La semaine dernière, l’un d’eux a failli s’électrocuter quand sa grue a frôlé une ligne de haute tension. Un incident « passé proche » qui se rajoute à au moins deux autres cet hiver. Des travailleurs craignent que des mesures d’accélération des travaux augmentent le risque d’accident. On ne veut pas ça.

Et comme automobiliste, on ne voudrait surtout pas devenir géphyrophobe. Cette « peur irraisonnée de traverser un pont, un viaduc ou tout passage surélevé » nous pend au nez. Je n’angoisse pas trop, mais j’y pense chaque fois que je roule sur le vieux Champlain. Idem pour Turcot. J’imagine que ça se soigne.