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Sophie Lorain ne pouvait mieux dire

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Quand je lis les chroniques de mes collègues, qu’il s’agisse de Richard Martineau, de Mathieu Bock-Côté ou de Denise Bombardier, j’en viens à croire, moi aussi, que les « droits » de la majorité sont souvent bafoués au profit de ceux des diverses minorités.

Les mêmes inquiétudes prévalent de l’autre côté de l’Atlantique. Si on suit le commentateur Éric Zemmour, on finit par se convaincre que les Français, tout comme nous, deviennent des étrangers dans leur propre pays.

Ces observateurs de la société ont-ils raison de prétendre que nous sommes en train de perdre notre identité ? Leurs craintes reflètent-elles simplement l’air du temps ? C’est évident que les milliers de migrants qui traversent illégalement toutes les frontières mettent à mal l’identité de chaque citoyen, quel que soit le pays qu’il habite.

Tout autant que ces chroniqueurs, les auteurs de fiction sont influencés par ces questions, comme ils le sont par les modes et comme ils le seront de plus en plus par la parité homme-femme qu’on va leur imposer.

RADIO-CANADA EN PARTICULIER

Quand je regarde notre télévision, en particulier celle de Radio-Canada, je trouve que les gens comme vous et moi cèdent graduellement la place à des personnages marginaux et à des histoires qui sont le lot d’une minorité plutôt que le lot de la majorité, plus silencieuse que jamais.

Les uns après les autres, les séries sont faites d’intrigues impliquant des marginaux. Aucune femme que je fréquente, par exemple, ne jure et ne parle de cul aussi allègrement que les femmes de la série Trop. Même s’il n’y a que 7000 femmes en détention dans tout le Canada, les paumées d’Unité 9 sévissent depuis six saisons et font, semble-t-il, la joie de deux millions de Québécois.

On est loin de La famille Plouffe, de Cormoran et de Mémère Bouchard quand on suit les danseurs de Cheval-serpent et la relation sulfureuse d’Élise Guilbault et de Sophie Prégent. Les Simone n’ont rien à voir avec les aventures anodines de Denise Létourneau et Dominique André de Moi et l’autre. Gilles Richer serait hyper ringard aujourd’hui.

PAYETTE, BERTRAND, OUBLIEZ-LES !

Ce ne sont plus les personnages de Lise Payette et de Janette Bertrand qui défendent le féminisme, mais quelques-unes des affligeantes femmes que mettent en scène Danielle Trottier et Fabienne Larouche. Comble du ridicule, même Donalda succombe à la cause. La très dégourdie Sarah-Jeanne Labrosse a pris le dessus sur le personnage résigné de Claude-Henri Grignon. Les auteurs de La Bolduc n’ont pu résister à la tentation de parer de féminisme une femme qui ne connaissait pas le mot.

Est-il encore possible de produire une fiction qui ne compte pas un gai, une lesbienne, un bisexuel, un transgenre ou un queer ? Chaque auteur se croit obligé d’écrire au moins une scène où deux femmes ou deux hommes s’embrassent.

La mode, la parité, l’obligation plus ou moins avouée de mettre en scène des personnages marginaux ou issus d’une minorité conduisent nos créateurs dans un cul-de-sac. Quoique d’un autre ordre, ces contraintes sont aussi stérilisantes que celles qu’imposent à leurs artistes les pays totalitaires.

Comme Sophie Lorain l’a dit pour elle-même à Tout le monde en parle, les créateurs devraient n’avoir rien à cirer de toutes ces contraintes !