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Le honteux bradage de nos garderies publiques

CPE garderie
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Stop à la désinformation

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aurais une autre petite demande à faire à mes amis journalistes. Pour l’amour de votre prochain, je vous serais reconnaissant d’arrêter d’utiliser le terme « garderies privées non subventionnées » comme dans ce titre, choisi au hasard : « Petite enfance : hausse du crédit d’impôt (PLQ) pour les garderies privées non subventionnées » (Le Devoir, 28 mars 2018). Eh, oh, les copains, ces garderies privées sont « full » subventionnées par les fonds publics, c’est-à-dire par vous et moi, à raison de 9 500 $ maximum par année. L’argent du gouvernement n’est peut-être pas versé directement aux garderies privées à but très lucratif, mais aux parents qui doivent le donner aux propriétaires de ces garderies commerciales. À l’avenir, utilisez donc les termes garderies commerciales ou garderies privées « subventionnées ».

Deuxièmement, évitez d’employer le terme « crédit d’impôt » qui porte à confusion et qui laisse croire au monde qu’il s’agit seulement d’un crédit ou d’une baisse d’impôt octroyé à ceux qui paient des impôts sur le revenu. En fait, il s’agit effectivement d’une « subvention » directe versée aux parents qu’ils paient ou non de l’impôt. J’espère que vous appréciez mes commentaires, amis des médias, car c’est fait de bon cœur juste pour rendre service.

La fausse liberté de choix du PLQ

Luc Fortin et Carlos Leitão, deux « éminents » ministres libéraux, ce que je les trouve malhonnêtes lorsque, pour favoriser le développement accéléré de garderies privées commerciales au détriment des garderies publiques (Centre de la petite enfance – CPE), ils utilisent le beau principe très noble de la « liberté de choix » des parents. Par exemple, comme dans la lettre de Luc Fortin, ministre libéral de la Famille, publiée dans Le Devoir, du 16 mars 2018, adressée à l’éditorialiste Robert Dutrisac afin de répliquer, en mentant bien évidemment, à un éditorial de ce dernier. Lettre à laquelle, monsieur Dutrisac lui a servi une réponse, disons « appropriée : “Pour la liberté de choix des parents”. Allô liberté!

Au cours des dernières années, le PLQ a coupé allègrement dans le financement des garderies et des écoles publiques, mais jamais dans les généreuses subventions aux garderies et aux écoles privées. Et là, lors de son dernier budget, le ministre libéral des Finances a augmenté de beaucoup la subvention annuelle aux garderies commerciales. Les libéraux et les caquistes sont des fanatiques du privé dans tout, mais du privé très gavé des fonds publics. Ça fait du privé qui n’a de nom que le privé.

Mes amis, c’est tellement minable d’utiliser le terme vertueux de liberté de choix des individus pour justifier la privatisation de tous nos services publics. La façon de procéder de ces politiciens financés et embauchés par le privé est toujours la même. Il s’agit de sous-financer à l’extrême les services publics comme la santé, l’éducation, les garderies, les routes, etc. afin de réduire à pas grand-chose la qualité du service (attente, délais, encadrement, bâtiments insalubres, pénurie d’employés, etc.) afin de pousser les gens, c’est l’objectif poursuivi, vers les “business” de santé, d’éducation et de garderies privées. Dans les faits, il n’y a pas de véritables choix si vous désirez être soignés dans des délais raisonnables ou si vous voulez une bonne éducation pour vos enfants dans des immeubles modernes avec gros gymnases et grosses piscines.

Le truc est vieux comme le monde et ça relève du détournement intéressé de nos programmes sociaux et de nos instruments collectifs vers des intérêts privés moyennant un retour d’ascenseur aux politiciens qui nous présentent cette dilapidation comme faisant partie du modernisme et de l’adaptation au nouvel ordre qu’ils ont dicté et qu’ils vous imposent.

L’excellence de nos CPE publics reconnue

Le patron de la Banque du Canada, Stephen Poloz, qui est loin de canter à gauche, a fait récemment l’éloge de nos garderies publiques au Québec, pas seulement en termes humanitaires et d’égalité des chances, mais aussi sur le plan économique : “Garderies. La Banque du Canada évoque le modèle québécois. Les femmes représentent la plus importante source de potentiel économique, dit Stephen Poloz” (Le Devoir, 14 mars 2018). Mais les libéraux et les caquistes sont bornés et ils pensent avant tout à leurs propres intérêts égoïstes : en avant toute les garderies privées envers et contre tous et en mentant afin de faire avaler leur attrape.

Le vrai visage des garderies privées commerciales

L’Institut de la statistique du Québec (ISQ) est un organisme public compétent et neutre, ce que personne ne peut nier. L’ISQ, c’est pas l’Institut économique de Montréal, le Conference board, le C.D. Howe Institute ou les études de nos chères banques milliardaires, adeptes des paradis fiscaux. En 2015, l’ISQ concluait que : “Piètre performance des garderies privées. Le tiers des enfants reçoivent des services insatisfaisants, selon l’ISQ” (Le Devoir, 15 décembre 2015). Le sort des élus et des propriétaires de garderies passe avant celui de nos enfants.

Le vérificateur général et l’UPAC interviennent

Ces dernières années (2008 à 2017), le PLQ a octroyé 57 000 places en garderies privées, politique qui a été vivement critiquée par le vérificateur général du Québec et par l’UPAC : “Garderies (privées) : L’UPAC s’en mêle. Les deux tiers des projets choisis par la ministre (libérale) Courchesne provenaient de donateurs libéraux” (Le Devoir, 2 décembre 2011). Et pour rire de vous encore plus, alors qu’il aurait dû s’en confesser et mettre un terme à cette arnaque, voilà qu’elle fut à ce moment la réaction “songée” de Jean Charest : “Garderies privées. Les propriétaires sont généreux par intérêt pour la démocratie, dit Charest” (Le Devoir, 6 mai 2010). Et dire que vous votez pour des gens comme ça, ce qui me dépasse. Je ne vous comprends pas. Dans les faits et toujours en ligne avec le menu politique du patronat, le PLQ et la CAQ n’en veulent plus de garderies publiques même si leur mérite est reconnu : “Le Conseil du patronat recommande l’abolition des garderies (publiques) à 5 $” (La Presse, 29 août 2003). En 2003, le tarif était toujours de 5 $ par jour.

Même si le procédé des bons d’éducation et des bons de garde octroyés au privé a même été rejeté antérieurement par le très conservateur Bush fils aux États-Unis, ici au Québec, libéraux et caquistes en font l’apologie. Et pour y parvenir, il faut obligatoirement couper dans les garderies publiques : “Québec (PLQ) maintient les coupes de 120 M$ dans les garderies (publiques)” (Le Journal de Montréal, 4 février 2016). Même qu’en 2014, n’ayant rien à son épreuve pour démontrer sa haine viscérale de notre solidarité par le biais de nos services publics, le PLQ a versé un peu plus dans l’odieux : “Québec lorgne les coffres des CPE. Leurs surplus financiers aideraient à boucler le premier budget (d’austérité) du gouvernement Couillard” (La Presse, 15 mai 2014).

Obtenez un permis gratuitement et devenez millionnaire

Comme dans le cas du pot, de l’éolien, des petits barrages, des autoroutes privées, des contrats gouvernementaux en PPP, etc., obtenez un permis de garderie privée “gratos” des libéraux et devenez, comme ça, sans rien faire, millionnaires du jour au lendemain. Et en signe de reconnaissance, faites un don de courtoisie au PLQ. Tout simplement fantastique. Ça, c’est ce que Philippe Couillard appelle les “vraies affaires”. À cet effet, fidèles camarades, puis-je vous inciter à lire l’excellent dossier préparé et publié dans Le Journal de Montréal du 21 mai 2015 : “Un permis obtenu gratuitement peut se vendre plus de 2 M$. Millionnaires grâce aux garderies (privées).” À faire frémir.

La CAQ aussi pire

Les services publics privés c’est dans les gênes de la CAQ et de son antécédent, l’ADQ. La CAQ milite aussi pour les garderies privées subventionnées en lieu et place des garderies publiques. Ah ben, et c’est même pas subtil : “Garderies privées, Christian Lévesque (un ancien député de la CAQ) devient lobbyiste” (Le Journal de Montréal, 16 avril 2013). Je le répète : la CAQ aussi pire que le PLQ, si vous voulez mon humble avis. Allez, soyez éveillés pour une fois. Et si vous l’êtes, mettez votre X ailleurs que dans leur case en octobre.