/finance/business
Navigation

Herbert Diess prend les rênes de Volkswagen pour oublier les scandales

VW
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

BERLIN | L’Autrichien Herbert Diess a été nommé jeudi soir à la tête du géant allemand de l’automobile Volkswagen, pour tourner la page du vaste scandale du diesel qui éclabousse le secteur depuis 2015.

Après deux jours de rumeurs, le conseil de surveillance réuni au siège de Wolfsburg (nord) a remplacé l’actuel patron Matthias Müller, appelé à la rescousse après la révélation à l’automne 2015 de l’affaire des moteurs diesel truqués, par M. Diess, 59 ans, qui présidait depuis près de trois ans la marque Volkswagen.

En redressant la rentabilité, de la division phare du groupe, Herbert Diess « a démontré avec quelle vitesse et quelle rigueur » il pouvait « mettre en œuvre des transformations radicales », a loué Hans-Dieter Pötsch, le président du conseil de surveillance, tout en remerciant Matthias Müller d’avoir « conduit le groupe sans encombre » face « au plus grand défi de son histoire ».

« Dans une période de profond bouleversement », Volkswagen devra « accélérer » dans l’électromobilité, la numérisation de l’automobile « et les nouveaux services de mobilité », a de son côté promis M. Diess, qui pourra s’appuyer sur une réorganisation du groupe et n’est pas remplacé à la tête de la marque VW.

Ancien patron de la filiale Porsche, Matthias Müller avait déjà entrepris une restructuration massive tournée vers l’électrification et la réduction des coûts, destinée à sortir Volkswagen de la tourmente, et devait poursuivre son mandat jusqu’en 2020.

« Super-patron » 

« M. Müller est arrivé très clairement comme gestionnaire de crise, et la grande partie de cette tâche est désormais accomplie », a commenté Jürgen Pieper, analyste automobile à la banque Metzler contacté par l’AFP.

Le scandale, qui a valu au groupe une série de plaintes aux États-Unis et des perquisitions dans ses bureaux allemands, a depuis coûté en rappels de véhicules et procédures judiciaires quelque 25 milliards d’euros au constructeur.

Volkswagen est accusé depuis 2015 d’avoir modifié les logiciels de 11 millions de ses voitures diesel pour masquer le niveau réel de leurs émissions d’oxydes d’azote (NOx), un gaz très polluant associé à des troubles respiratoires et cardiovasculaires.

Si le nouveau patron Herbert Diess est lui aussi la cible d’une des nombreuses procédures en cours, son arrivée tardive chez Volkswagen le rend moins vulnérable aux épisodes judiciaires, s’accordent les observateurs.

« Une évolution dans une autre direction est positive », a estimé Jürgen Pieper, qualifiant M. Diess de « très bon gestionnaire des coûts », qui apparaît à ses yeux comme « la meilleure solution pour la succession, au moins pour les prochaines cinq années ».

M. Diess, qui bénéficie du soutien des actionnaires principaux, les familles héritières Porsche-Piëch, devient à la fois chef de la marque et du groupe Volkswagen et chef de la recherche et développement, soit un périmètre encore plus large que celui du « super-patron » qu’était Martin Winterkorn, balayé en 2015.

Clarifier la voie 

M. Diess a été appelé en 2015 par ces deux familles pour redresser VW, et peut se targuer d’avoir doublé en deux ans la rentabilité de la marque, redressant du même coup les comptes du groupe: le constructeur a renoué l’an dernier avec des profits record, faisant plus que doubler son bénéfice net à 11,35 milliards d’euros.

Au-delà du président, le conseil de surveillance a entériné jeudi le remplacement du responsable des ressources humaines, Karlheinz Blessing, par l’actuel porte-parole du comité d’entreprise, Gunnar Kilian. Cette nomination est interprétée comme une concession aux syndicats, dont la relation avec M. Diess a été émaillée de conflits.

Malgré les airs de renouveau et la volonté affichée d’accélérer l’électrification en partie lancée par M. Diess, Volkswagen doit encore clarifier sa voie, entre déclin du diesel, pourtant stratégique pour l’industrie automobile allemande, et essor des mobilités électriques et autonomes.

Sur les modèles haut de gamme électriques en particulier, les constructeurs allemands peinent pour l’instant à rattraper la concurrence, notamment américaine.

Et si M. Diess est connu pour son ouverture vers ce nouveau monde, il a aussi martelé début mars « nous avons besoin du diesel, le diesel a un avenir ».

À la Bourse de Francfort, le titre a progressé de 2% à 176,60 euros avant la réunion du conseil de surveillance, dans un marché en hausse de quelque 1%.