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Hochelaga, l’humiliation

Hochelaga terre des âmes
Photo courtoisie Hochelaga, terre des âmes

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Chaque fois qu’il y a un gala de remise des prix, il y a des mécontents.

C’est normal, personne n’a envie d’être écarté de ces séances d’autocongratulations. Mais ce n’est pas une raison pour crier à l’injustice parce qu’on est en désaccord avec le choix du jury. On en a eu un bel exemple cette semaine avec le dévoilement des finalistes pour le Gala Québec Cinéma (ex-Jutra).

Ouch ! Ça fait mal

Le film Hochelaga, terre des âmes est en nomination dans dix catégories... mais n’a eu aucune mention dans les catégories les plus prestigieuses : pas dans Meilleur film, pas dans Meilleure réalisation, pas dans Meilleur scénario.

Ça, c’est comme se faire dire par une fille que tu es bien beau, bien fin, mais qu’elle ne veut pas de toi comme chum, juste comme ami.

C’est sûr que pour un film qui a profité de tout un battage médiatique, qui a bénéficié d’un budget délirant, un film réalisé par un artiste de renom comme François Girard, ça doit être terriblement humiliant.

Mais je ne pense pas du tout, comme l’a laissé entendre le producteur Roger Frappier, que Girard soit victime du syndrome « Nul n’est prophète en son pays ».

Frappier a écrit à La Presse : « François Girard est reconnu comme un grand metteur en scène et réalisateur partout sur la planète, sauf chez lui. »

J’aimerais rappeler qu’aux prix Écrans canadiens, Hochelaga, terre des âmes n’était pas non plus en lice comme meilleur film, ni François Girard comme meilleur réalisateur. Et il faut rappeler qu’Hochelaga, choisi par le Canada pour nous représenter aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère, a été écarté au deuxième tour et n’est plus en lice pour une statuette.

Le fait qu’un jury québécois ne s’est pas mis à genoux devant Hochelaga (finaliste uniquement dans des catégories techniques) reflète le degré de maturité qu’on a atteint. C’est fini le temps où on utilisait, pour des films québécois, des critères différents des autres cinémas nationaux. Le temps où on disait : « Ouains, c’est pas mauvais... pour un film québécois. » Aujourd’hui, le public est super exigeant à force de voir des films qui viennent de partout, à force de voir des trucs hyper léchés sur Netflix. Le milieu aussi est super exigeant. Je l’ai écrit récemment, il y a plein de nouveaux talents en cinéma au Québec. Je ne vous encouragerai jamais assez à aller découvrir Chien de garde de Sophie Dupuis, entre autres. Quand tu as de la concurrence partout, tu ne peux pas te reposer sur tes lauriers.

Le passé n’est pas garant de l’avenir

Girard a réalisé de grands films : Le violon rouge, Soie. Mais Hochelaga c’était... ordinaire. Aurait-il fallu le mettre en nomination comme meilleur réalisateur, en se basant uniquement sur ses succès antérieurs ? Tous les plus grands cinéastes ont fait des œuvres mineures, comme Denys Arcand avec Le règne de la beauté.

Aurait-il fallu mettre Hochelaga en nomination comme meilleur film juste parce qu’on a collectivement investi 15 millions de dollars dans ce film ? À ce compte-là, donnons un prix d’architecture au bâtiment qui a coûté le plus gros prix de fou cette année, même s’il n’est pas une réussite !