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Touche pas à mon verre de vin!

Vin rouge
Photo Fotolia D'un côté la CAQ dit qu'il faut interdire la consommation de pot dans les lieux publics, les condos (sauf si tous les copropriétaires décident de changer le réglement) et les logements sauf si le propriétaire l'autorise. De l'autre, elle dit que consommer de l'alcool fait partie des libertés individuelles et qu'on ne peut tout interdire sur le plan de la santé publique.

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Cannabis et alcool. C’est fou le décalage qu’il y a entre les discours sur ces deux substances psychoactives.

L’analyse des publicités sur l’alcool dans mon dernier billet de blogue m’a vraiment ouvert les yeux sur le sujet.

J’en parlais récemment avec Émilie Dansereau-Trahan de l’Association de la santé publique du Québec et elle a attiré mon attention sur quelques études scientifiques dont les conclusions, honnêtement, m’ont étonnée.

«Moins de 20% de la population est au courant que le fait de boire un verre d'alcool par jour augmente les risques de développer un cancer», souligne-t-elle.

Selon l’OMS, l’alcool est le troisième facteur de risque de maladie et de mortalité. Les deux premiers sont le tabac et la tension artérielle, souligne l’ASPQ.

Et selon une étude de Dirk W. Lachenmeier, l’alcool est 114 fois plus nocif que le pot. L’héroïne, la cocaïne, et le TABAC sont aussi plus dangereux que le cannabis.

Je sais, c’est plate à lire. Moi non plus j’aime pas parler dans le dos de l’alcool. Moi aussi j’ai roulé des yeux quand Marilou a fait sa sortie sur Facebook pour nous dire pourquoi elle ne buvait pas d’alcool.

«Quand on parle de ça aux députés, c’est comme si on leur enlevait le verre de vin, le soir, m’a dit Émilie. Leur attitude est "Parle-moi z’en pas, je veux pas le savoir!".»

J’ai pu le constater cette semaine lorsque l'ASPQ est venue présenter un mémoire à l’Assemblée nationale en commission parlementaire.

Il se trouve que les députés étudient en ce moment deux projet de loi en parallèle, celui sur le cannabis et un second pour modifier des dispositions sur les boissons alcooliques. Le but est de faciliter l’obtention de permis d’alcool entre autres.

En comparant les deux textes législatifs, on se rend compte que celui sur le cannabis contient 34 fois le mot santé et 12 fois le mot prévention. Celui sur les boissons alcooliques?

Zéro.

Pas une seule fois.

J’y croyais pas alors je suis allée compter moi-même. Ça m’a pris une heure! (ben non, j’ai juste fait un cmd F)

Les petits plaisirs de la vie

Le décalage est aussi flagrant dans le discours de la CAQ.

Le caquiste Simon Jolin-Barrette participe aux travaux sur le cannabis. Il a fait une mêlée de presse jeudi pour dire qu’il fallait interdire la consommation du pot dans tous les lieux publics du Québec. Parce que ça «banalise» le fait de fumer du pot. Sans parler des dangers liés à la fumée secondaire.

Pendant ce temps, son collègue André Spénard participait, lui, à l’étude du projet de loi 170 sur l’alcool. Émilie Dansereau-Trahan venait de présenter les mêmes statistiques sur l’alcool citées plus haut. Je suis arrivée à temps pour entendre le député lui répondre :

«Évidemment l’alcool est un des plaisirs légal [sic], lorsqu’il est pris avec modération, que l’être humain a. Vous en faites dans votre mémoire, un plaisir dangereux, un plaisir coupable», lui a-t-il dit.

«Bien évidemment, lorsqu’on mange des aliments frits dans l’huile ça peut ralentir notre santé, mais des fois on aime ça. Bien évidemment lorsqu’on fume un bon cigare avec un bon cognac ou un champagne [sic], ça peut rapetisser notre temps de vie. Je suis bien d’accord avec tout ça. Mais ça, c’est la liberté de l’individu. On peut pas tout interdire sur le plan de la santé publique», a-t-il ajouté.

Possible, M. Spénard, que plusieurs personnes normales, les cheveux même pas mauves, sans piercing et sans tatouages qui ont une bonne job et peut-être même des enfants, se disent la même chose du cannabis.

D’un côté, Simon Jolin-Barrette parle des «ravages» du pot. De l'autre, le ministre libéral Martin Coiteux explique, le plus sérieusement du monde, qu’il est pertinent de permettre l'achat de bière à partir de 7h le matin dans les dépanneurs plutôt que 8h...parce que les pêcheurs partent tôt le matin pour le chalet et ne peuvent pas acheter leur caisse de 24.

«L’alcool et le cannabis sont deux substances psychoactives, mais elles sont analysées à travers deux spectres complètement opposés, et ça, ça me fait halluciner», me dit Émilie Dansereau-Trahan.

Par exemple, si l’alcool est si dangereux, pourquoi il n’y a aucune étiquette sur ma bouteille de mousseux pour m'informer des risques pour ma santé? Au Yukon, ils ont tenté l’expérience en novembre dernier. Ça a duré un mois. L’industrie de l’alcool a capoté sur un moyen temps.

Ce manque de cohérence irrite aussi au plus haut point Jean-Sebastien Fallu, expert en en prévention de la toxicomanie et professeur à l’Université de Montréal.

Les jeunes, m’a-t-il affirmé, ont un excellent radar à bullshit. Vous voulez faire de la prévention efficace et éviter de banaliser le cannabis? Commencez par être cohérent.

Il croit que les politiques sur les substances devraient être plus unifiées.

Comment faire de la prévention contre le cannabis si on encourage les gens à dévaliser l’espace cellier avec leur carte Inspire? Comment peut-on s’inquiéter de la fumée secondaire du cannabis sur les trottoirs, mais pas de celle du tabac ?

J’ai posé la question à Simon Jolin-Barrette. Il m’a répondu que le projet de loi sur le cannabis n’étudiait pas le tabac, mais le cannabis. Ah bon.

Et voyez-vous, comme l’expliquait Martin Coiteux à Jean-Sebastien Fallu hier qui participait lui aussi à la commission parlementaire : «on ne prend pas les choses au même moment dans l’histoire avec le cannabis et l’alcool [...] [l’alcool] est associé à toute une longue et séculaire tradition qui est implantée dans nos peuples y compris au Québec.»

Vous essaierez ça comme argument auprès des ados juste pour voir leur réaction. Ça risque de ressembler à ça:

 

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Le buzz de la semaine
Dans mon dernier billet, j’imaginais si on faisait des pubs de cannabis de la même façon que les pubs de bière. Quelqu’un s’est amusé à faire la même chose avec les pubs de médicaments. C’est aussi très drôle!

Le badtrip de la semaine

Le gouvernement a payé pour un publireportage sur le site Nightlife qui dit vouloir déboulonner des mythes, mais qui cherche surtout finalement à faire peur aux jeunes : aucune consommation n’est sécuritaire, 9 % des personnes qui consomment du cannabis développeront une consommation problématique, le cannabis est aussi dommageable que le tabac, etc.