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15 ans de politique: je me souviens

La démission de Jean Charest_13
JMTL

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Je m’en souviens, c’était il y a 15 ans, le 14 avril 2003, date où Jean Charest devenait premier ministre du Québec. J’avais 29 ans et je travaillais comme agent de développement au sein d’un carrefour jeunesse-emploi. J’étais impliqué dans différents organismes, dont le Conseil permanent de la jeunesse, où j’avais été nommé en 2001 par le ministre de l’Éducation de l’époque, un certain François Legault.

  • Pour consulter notre dossier «15 ans de libéraux», cliquez ici.

J’avais soif d’expérimenter le milieu politique de l’intérieur. Ce rêve, je l’ai vécu intensément au cours des 15 dernières années. Mon parcours au Parti québécois jusqu’à la fondation de la Coalition Avenir Québec, en passant par le militantisme, l’organisation politique et le quotidien d’un député, puis, maintenant, dans l’univers médiatique. Tout cela me rappelle plusieurs bons souvenirs. Je vous propose un regard positif sur quelques adversaires. Tout n’est pas noir ou blanc, mais se résume en 50 nuances de gris.

2004 à 2007: Mes élections comme péquiste

En 2004, Marc Bellemare venait de démissionner de son poste de député de Vanier et j’allais tenter de lui succéder. En effet, j’ai remporté l’investiture du Parti québécois. C’était la crise de CHOI. Avez-vous en mémoire les autocollants «Liberté, je crie ton nom»? Il y en avait sur la moitié des voitures de la circonscription. Il y avait également le scandale de l’opération Scorpion. L’ADQ avait la cote et Sylvain Légaré l’a emporté facilement. Entre deux Sylvain, il y avait ce candidat libéral, Michel Beaudoin. Malgré nos différences idéologiques, je me souviens de la gentillesse de l’homme. Encore aujourd’hui, celui qui est président-directeur général à la Régie du bâtiment du Québec m’écrit pour me saluer par LinkedIn. Je me souviens de celui qui parlait de lui à la troisième personne. En entrevue au FM93, en débat, le candidat libéral avait commencé son allocution ainsi: «Michel Beaudoin, c’est qui? Michel, c’est un bon gars.»

Je refais le saut en 2007 pour une deuxième campagne électorale. Après m’être battu contre mon propre parti en investiture, mon adversaire libéral était Jean-Claude L’Abbée, ancien éditeur au Journal de Québec. Nous avons eu des débats très animés pendant cette élection. J’avais reproché à monsieur L’Abbée d’être là pour avoir une «limousine»; il ne m’avait pas trouvé drôle. Néanmoins, l’homme était doué et avait le verbe facile. J’avais apprécié sa politesse à mon égard.

2012 à 2014: La Coalition Avenir Québec

Le 4 septembre 2012, je deviens député de Vanier–Les Rivières. Un rêve d’adolescent se réalise. J’ai adoré mon expérience, bien qu'elle ait été trop courte. Malheureusement, 18 mois plus tard, c’était la fin. Le «anybody but Pauline» a eu raison de quatre députés caquistes de Québec, dont moi.

C’est en siégeant à l’Assemblée nationale qu’il pouvait y avoir de franches et honnêtes discussions entre collègues de partis différents. Je me souviens des bons échanges que j’avais avec ma vis-à-vis Karine Vallières, députée libérale de Richmond. Nous étions tous deux porte-parole de nos partis en matière d’emploi et de solidarité. On discutait des meilleures façons de mettre dans le trouble Agnès Maltais, qui était à ce moment la ministre au dossier. Je me souviens des fous rires, parfois complices, avec les collègues libéraux assis juste devant moi au parlement: Rita de Santis, députée de Bourassa-Sauvé, Alexandre Iracà, député de Papineau, et Jean Rousselle, député de Vimont.

Je me souviens aussi du respect qu’il y avait envers mon adversaire libéral de 2012 et 2014: Patrick Huot, l’actuel député de Vanier–Les Rivières. J’ai gagné en 2012; il a pris sa revanche en 2014. Malgré nos différences, nous avions en commun un profond respect de nos électeurs. Lors de la passation des pouvoirs, ce fut très respectueux. Les dossiers citoyens ont été remis au successeur, alors qu'en d'autres cas, au contraire, les dossiers furent détruits.

Je me souviens, en terminant, d’un appel touchant. Le 8 avril 2014, au lendemain de ma défaite, le député libéral de Jean-Lesage, André Drolet, me lâche un coup de fil. Je me souviens de ses mots: «Sylvain, c’est certain qu’on est contents d’avoir gagné ton comté, mais je veux te dire que tu es un vrai et que tu t’es occupé de ton monde avec tout ton cœur. On n’est pas du même parti, mais je veux te remercier pour ce que tu as fait et je te souhaite le mieux pour la suite des choses.» Je n’oublierai jamais ce message de respect venant d’un adversaire politique. Le 1er octobre 2018, ce sera au tour d’André Drolet de quitter la politique, il ne se représente pas. Je veux à mon tour lui dire: «Bonne retraite, André, tu as fait tout un travail pour ton monde.»

Je veux me souvenir...

La politique, c’est ingrat, difficile et partisan, mais c’est aussi humain. Dans le passé, dans le présent et sans aucun doute dans l’avenir, j’afficherai mon désaccord marqué envers plusieurs propositions libérales. Avoir des divergences de point de vue ne veut pas dire que j’ai raison et qu’ils ont tort ou vice-versa, cela se nomme un débat politique. À la fin, malgré tout, j’ai une conviction profonde. Je crois que la très vaste majorité des élus à l’Assemblée nationale, tous partis confondus, ont à cœur le bien-être de leurs concitoyens. Vous pouvez dire que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul.