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De l’enthousiasme à la docilité

Jean Charest et sa ministre des des Relations internationales et de la Francophonie, Monique Gagnon-Tremblay, en Suisse en 2010
Photo d'archives Jean Charest et sa ministre des des Relations internationales et de la Francophonie, Monique Gagnon-Tremblay, en Suisse en 2010

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Le parcours des libéraux au ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRI) est contrasté. Autant Jean Charest aimait les affaires internationales et y était à l’aise, autant Philippe Couillard semble peu les comprendre et s’empêtre dans des déclarations maladroites lorsqu’il séjourne à l’étranger.

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Pourtant, les ministres libéraux des 15 dernières années ont été relativement actifs en relations internationales. Sur les 759 ententes internationales signées par ce ministère depuis sa création il y a 51 ans, 206 l’ont été ces 15 dernières années. Cependant, alors que la société québécoise dans son ensemble tisse de plus en plus de liens de toutes sortes avec l’étranger, le gouvernement du Québec peine à suivre la cadence.

1. Quel est le budget du MRI ?

Le MRI reçoit un budget annuel d’environ 95 millions de dollars. C’est, après le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, le second plus petit budget ministériel du gouvernement du Québec. Il compte pour environ 0,12 % de toutes les dépenses du gouvernement. Le MRI ne possède pas l’argent requis pour accomplir correctement sa mission.

2. Pourquoi le budget est-il si faible ?

L’action internationale du gouvernement du Québec ne doit pas être jaugée uniquement avec ce budget. Tous les ministères prolongent leurs activités au-delà des frontières du Québec. Chacun garde jalousement ses prérogatives. Jean-François Lisée, durant son court passage à la tête de ce ministère, avait réussi l’exploit de regrouper sous son autorité les activités diplomatiques et économiques du Québec à l’étranger. Mais le retour des libéraux au pouvoir en 2014 a été l’occasion de séparer à nouveau les deux missions et donc d’affaiblir à nouveau ce ministère. En plus, beaucoup d’élus estiment que la population ne comprend pas l’importance des relations internationales. Ils ne veulent donc pas trop investir dans le MRI, par crainte de reproches.

3. Quels sont les objectifs du MRI ?

Les relations internationales du Québec, outre la question de l’indépendance, font l’objet d’un assez large consensus entre les partis. Les objectifs que se fixe le gouvernement Couillard en matière internationale sont nobles et généreux : rendre le Québec plus prospère ; contribuer à un monde durable, juste et sécuritaire ; promouvoir la créativité, la culture, le savoir et la spécificité du Québec. Dans les faits, les moyens ne sont pas à la hauteur des ambitions, malgré le dévouement souvent admirable de plusieurs fonctionnaires et ministres.

4. Comment Ottawa perçoit-il les relations internationales du Québec ?

Du point de vue fédéral, les hauts responsables des relations internationales du Québec ont longtemps été soupçonnés de deux torts : 1) vouloir préparer les dirigeants étrangers à une éventuelle indépendance du Québec et 2) être une bande d’amateurs. Ces deux accusations sont injustes, mais pas toujours sans fondement. Elles ont empêché le gouvernement du Québec d’influencer autant qu’il aurait pu les tractations internationales d’Ottawa. À ce titre, le sort réservé à la gestion de l’offre des œufs et du lait dans le cadre des renégociations de l’ALÉNA sera un bon indicateur de l’influence du Québec dans la politique extérieure canadienne.

5. Quelle est l’image du PM en relations internationales ?

Philippe Couillard projette une image de docilité face à la finance et à la promotion du français qui rappelle celle des dirigeants d’avant la Révolution tranquille. Jean Charest ne souffrait pas de cette docilité face aux puissants. Cette image contraste fortement avec une société québécoise de plus en plus présente et gagnante à l’international.