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Réunion d’urgence du Conseil de sécurité: la Russie échoue à faire condamner les frappes en Syrie

UN Security Council meets at Russia's request to discuss the Syria airstrikes
AFP

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Moscou | La Russie a échoué samedi lors d'une réunion d'urgence du  Conseil de sécurité de l'ONU consacrée à la Syrie à faire condamner les frappes occidentales contre le régime de Bachar al-Assad.

La Russie a échoué samedi à faire adopter par le Conseil de sécurité une résolution condamnant les frappes américaines, françaises et britanniques en Syrie, ne recueillant pas les 9 voix nécessaires à son approbation.

La Russie, la Bolivie et la Chine ont voté pour le texte, huit pays ont voté contre et quatre se sont abstenus. Le projet de texte, de cinq paragraphes, faisait part d’une «grande inquiétude» face à «l’agression» contre un État souverain, qui viole, selon Moscou, «le droit international et la Charte des Nations unies».

À l’ouverture des débats, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé de son côté les membres du Conseil de sécurité à «agir en accord avec la Charte des Nations unies et dans le cadre du droit international» lorsqu’il est question de «paix et sécurité».

La Russie avait fait circuler samedi, peu avant une réunion d’urgence, un projet de résolution demandant à l’ONU de condamner «l’agression» armée occidentale contre la Syrie, selon le texte obtenu par l’AFP.

Moscou dénonce les frappes

Vladimir Poutine a dénoncé samedi les frappes occidentales sur le régime de son allié, Bachar al-Assad, les militaires russes se félicitant, eux, de l’efficacité de la défense antiaérienne syrienne qu’ils ont grandement contribué à former.

«La Russie dénonce avec la plus grande fermeté l’attaque sur la Syrie, où des militaires russes aident le gouvernement légitime à lutter contre le terrorisme», a déclaré le président russe dans un communiqué diffusé par le Kremlin.

Les frappes occidentales, menées «sans l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU, en violation de la Charte des Nations unies, des normes et principes du droit international», constituent «un acte d’agression à l’encontre d’un État souverain», a estimé M. Poutine qui a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

Selon l’armée russe, aucune victime civile ou militaire syrienne n’est à déplorer après les frappes menées par les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne en riposte à une attaque chimique présumée le 7 avril dans la ville alors rebelle de Douma, imputée au régime de Damas.

Au cours d’une conférence de presse samedi à Moscou, le général russe Sergueï Roudskoï a affirmé que la défense antiaérienne syrienne avait réussi à intercepter 71 des 103 missiles de croisière tirés par les Occidentaux et estimé que les dégâts étaient minimes, des bâtiments touchés étant inutilisés.

«Cela témoigne de la grande efficacité de ces systèmes (antiaériens de conception soviétique) et de l’excellente formation du personnel militaire syrien, entraîné par nos spécialistes », a estimé Sergueï Roudskoï, en promettant de continuer à améliorer la défense syrienne, éventuellement avec des systèmes modernes russes S-300.

Les frappes contre la Syrie ont suscité un tollé dans la classe politique russe.

Le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé un coup porté à un pays qui a résisté pendant des années à «une agression terroriste». Des députés et sénateurs russes ont qualifié les frappes de «crime de guerre, agression militaire, et violation flagrante du droit international», tout en restant discrets sur la manière dont Moscou pourrait riposter.

Le président de la commission des Affaires étrangères de la chambre haute du Parlement, Konstantin Kossatchev, cité par les agences russes, a estimé que la réponse de la Russie «ne devra pas être militaire, mais rester dans le domaine du droit».

«Insulte»

Le président américain Donald Trump, en annonçant les frappes, avait dénoncé dans des termes d’une rare dureté le soutien de Moscou à Bachar al-Assad, affirmant que «la réponse d’aujourd’hui est la résultante directe de l’échec de la Russie à tenir ses promesses».

Il faisait allusion à l’accord de démantèlement de l’arsenal chimique syrien passé en 2013 par son prédécesseur Barack Obama avec le président russe Vladimir Poutine. En échange, le président démocrate avait renoncé à bombarder le régime de Damas en dépit de la « ligne rouge » qu’il avait lui-même fixée.

«Les nations du monde peuvent être jugées par les amis qu’elles gardent. Aucune nation ne peut réussir sur le long terme en faisant la promotion de tyrans brutaux et de dictateurs meurtriers», a ajouté M. Trump. «La Russie doit décider si elle continue sur cette voie sinistre ou si elle rejoint les nations civilisées en tant que force de stabilité et de paix ».

Moscou n’a pas réagi pour le moment à ces propos, mais l’ambassadeur russe à Washington, Anatoli Antonov, a jugé que les frappes occidentales revenaient à «insulter le président russe».

L’opération militaire contre la Syrie est pourtant restée limitée, les Occidentaux ayant pris soin d’éviter de toucher les forces russes, massivement présentes dans le pays aux côtés du régime.

Moscou a d’ailleurs affirmé ne pas avoir fait usage de ses systèmes de défense antiaérienne stationnés sur le sol syrien pour contrer les frappes occidentales, et l’ambassade russe à Damas a indiqué ne pas avoir d’information faisant état de victimes russes.

Le gouvernement russe a également confirmé qu’aucun bombardement n’avait eu lieu à proximité de ses bases installées en Syrie.

Les États-Unis, qui contrôlent avec leurs alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS) un tiers du territoire syrien au nord du pays, espèrent peser sur un règlement pacifique de la guerre civile syrienne sous l’égide de l’ONU.

Ils ne veulent donc pas rompre tout contact avec la Russie, qui depuis son implication dans le conflit en 2015, a permis au président syrien Bachar al-Assad de reconquérir la plus grande partie de son territoire.