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L'épicerie de Joseph Beaudry à Saint-Laurent

Vers 1890

Avant Après
Photo courtoisie, Archives de l’arrondissement Saint-Laurent, P260.
Photo Chantal Poirier

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Sur la rue Principale

Photo courtoisie, Archives de l’arrondissement Saint-Laurent, P260.

Saint-Laurent est une toute jeune ville quand se réunissent, sur la galerie de ce duplex, les personnages de notre photo, prise dans les années 1890. Ce qui était jusqu’alors une petite paroisse agricole du nord de l’île devient une municipalité en 1893. L’un de ses premiers maires, Édouard Gohier (dont le fils sera aussi maire de Saint-Laurent), élabore quelques années plus tard un plan de développement urbain avec le promoteur Ludger Cousineau. Ce dernier est le digne représentant d’une des familles les plus anciennes du secteur, établie dès 1708. Le plan Gohier dessine les rues qui sont encore celles du secteur le plus ancien de l’arrondissement, près de l’église et du collège. En une quinzaine d’années, la population passe à environ 2000 personnes. On peut dire que les Beaudry, qui tiennent leur épicerie-magasin sur la rue Principale (la future avenue Sainte-Croix), sont bien placés pour faire de bonnes affaires avec les nouveaux résidents de la municipalité.

Chez Beaudry, marchandises sèches et épicerie

Photo courtoisie, Archives de l’arrondissement Saint-Laurent, P260.

Joseph Beaudry tient donc une coquette épicerie, offrant aussi des marchandises sèches, avec l’appui de gens qui font vraisemblablement partie de sa famille. Il n’est pas rare en effet que ce type de commerce soit aidé des enfants, de l’épouse ou du beau-frère du commerçant. Il ne s’agit pas d’un magasin général, cependant ! Mais qu’entend-on par « marchandises sèches » ? On parle habituellement de produits non alimentaires comme les tissus et la mercerie, des vêtements ou des articles ménagers comme la vaisselle et les couverts, donc tout ce qu’on ne peut pas fabriquer. Quant à l’épicerie que monsieur Beaudry tient juste à côté, elle vend les produits transformés, les épices et les condiments qu’on ne peut pas se procurer au marché. N’y cherchez donc pas de fruits et légumes ! Mais si vous voulez de la moutarde, du sucre ou de la mélasse, c’est là que vous les trouverez.

L’art de la vitrine

On voit bien, dans la vitrine de gauche, l’alignement de ce qui semble être des chaussettes et des cols de chemises. À droite, des boîtes de conserve sont empilées devant une image publicitaire. On est en effet à une époque où la publicité et la mise en marché se développent grandement. L’industrialisation permet de distribuer plus de produits à des prix plus bas dans des milieux urbains où vivent beaucoup de gens. Avec des moyens certes plus modestes, le magasin du village décore sa devanture au même titre que les grands magasins de la rue Sainte-Catherine avec leurs immenses vitrines. Une particularité de ces nouvelles façons de faire le commerce est la commande postale par catalogue, qui a bien peu changé depuis cette époque : à partir d’un catalogue, on commande par la poste et on reçoit le paquet chez soi. On ne sait pas si monsieur Beaudry avait aussi un comptoir postal, mais, chose certaine, ses vitrines étaient bien à la mode.