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«L’âge, ce n’est qu’un chiffre» –Monique Miller

Monique Miller
photo Chantal Poirier À 84 ans, la comédienne Monique Miller s’apprête à relever un important défi en campant l’un des deux rôles principaux des Chaises, pièce de Ionesco dont le texte promet de mettre sa mémoire à l’épreuve.

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À 84 ans, Monique Miller s’apprête à relever l’un des plus imposants défis de sa carrière en se plongeant dans Les Chaises de Ionesco, une pièce au texte exigeant et surréaliste qu’elle défendra sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde à compter du 8 mai.

Si nous avions suivi les conseils de Monique Miller, l’une de nos rares actrices à pouvoir se targuer de pratiquer son métier depuis plus de sept décennies (elle a amorcé sa carrière à 11 ans avec les radiothéâtres), nous n’aurions pas fait mention de son âge dans ces lignes.

« Parce que je trouve ça facile, nous a-t-elle répondu, lorsque nous lui avons demandé de préciser sa pensée. Pour moi, l’âge, ce n’est qu’un chiffre. »

Jeune de cœur et d’esprit, celle qui dit marcher au moins 30 minutes par jour, puisqu’elle ne possède pas de voiture, nous a aussi confié en avoir assez de se faire demander comment elle fait pour maintenir son rythme de vie « à son âge ».

« J’ai envie de demander à ces gens comment eux, ils font, à leur âge, a-t-elle affirmé en riant. Parfois, je trouve que les gens plus jeunes ont l’air pas mal fatigués. D’ailleurs, je trouve ça un peu triste que, passé 60 ans, certaines personnes ne parlent que de leur retraite. »

Travaillante

Accordant peu d’importance à l’âge, Monique Miller ne croit pas davantage au concept de la retraite, une étape qu’elle ne pourrait considérer franchir que si elle n’avait plus la santé ou si elle perdait la mémoire complètement.

« Le travail, ça garde en vie, c’est extraordinaire. Les gens qui arrêtent de travailler et qui s’écrasent chez eux, ils meurent d’ennui. Prenez Nana Mouskouri, par exemple. Elle avait arrêté, mais elle s’est rendu compte que c’était effrayant. Là, elle refait une énorme tournée, et elle a 83 ans. »

Bien qu’elle soit tournée vers l’avenir, l’actrice, que l’on compare souvent à une encyclopédie en raison de sa mémoire étonnante, aime se souvenir et discuter des beaux moments qu’elle a vécus aux côtés des auteurs, comédiens et réalisateurs qu’elle a pu côtoyer au fil des ans.

« Je me rappelle de plein de choses, même des dates de naissance... Je me souviens de tout ! »

Un classique

Parmi les projets qui l’ont marquée, on compte ses rôles dans les séries Montréal P.Q. et Septième nord, mais aussi sa participation, au TNM, à quatre grandes pièces de Paul Claudel, dont Le Soulier de satin, qui durait 4 h 35.

«Il y en a eu beaucoup», a constaté celle qui, toujours en quête de nouvelles stimulations, se consacre à la comédie dramatique Les Chaises depuis juin dernier. Après tout, elle y incarne l’un des personnages principaux, une première depuis la présentation au TNM d’Albertine en cinq temps, en 2014.

«Cette pièce de Ionesco, elle n’est pas banale. C’est un grand classique, a dit l’actrice, qui partagera la scène avec son confrère Gilles Renaud. C’est l’histoire d’une vie. Les personnages (95 et 94 ans), ils sont vieux et ils ne sont pas vieux, dans le sens où ils agissent comme des enfants. Ils se racontent des histoires et ils y croient. Leur grand bonheur, c’est qu’ils attendent quelqu’un...»

Lorsqu’on lui demande comment se déroule l’apprentissage de ce texte que l’on dit «quasi impossible à apprendre», notre interlocutrice nous répond avec conviction.

«Rien n’est impossible si on veut. Il faut travailler fort. Très fort. C’est ce que nous faisons encore, d’ailleurs.»

► Les Chaises, pièce d’Eugène Ionesco mettant en vedette Monique Miller et Gilles Renaud dans une mise en scène de Frédéric Dubois, sera présentée au Théâtre du Nouveau Monde du 8 mai au 2 juin.

On a pu la voir dans...

À la télévision

  • Mensonges (2013)
  • Emma (2001-2003)
  • Montréal P.Q. (1991-1994)
  • Septième nord (1957-1963)

Au cinéma

  • Saints-Martyrs-des-Damnés (2004)
  • Jésus de Montréal (1988)
  • Mourir à tue-tête (1978)
  • Pour le meilleur et pour le pire (1975)
  • Tit-Coq (1952)

Au théâtre

  • Manifeste de la jeune fille (2017)
  • Le Tartuffe (2016)
  • Richard III (2015)
  • Albertine en cinq temps (2014)
  • Décadence (1997)
  • Les Voisins (1980)
  • Pygmalion (1968, 1976-1977)
  • Le Soulier de satin (1967)
  • Florence (1960)
  • Zone (1953)

Ce qu’elle a dit sur...

► Vieillir à la caméra

« C’est vrai qu’il y a peu de rôles pour les femmes de plus de 60 ans, à la télévision [...] Par contre, je n’ai jamais eu peur de ne plus travailler, car on ne peut pas penser comme ça, lorsqu’on est pigiste. »

► Le trac

« Nous l’avons de plus en plus, en vieillissant, parce que nous sommes de plus en plus conscients. Quand j’avais 17 ans, je regardais mes aînés s’énerver et je me disais : “Ça doit être ça, le trac”. Je ne connaissais pas ça, à ce moment-là. »

► Les réseaux sociaux

« Je ne suis pas sur Facebook [...] Je trouve ça bien pénible. Je prends beaucoup le métro et quand nous sommes 15 à entrer dans un wagon, il y en a douze qui ont le nez penché sur leur téléphone. C’est triste. Quand je rencontre deux ou trois personnes qui lisent des livres, je les félicite. »

► Le milieu du théâtre

« Le milieu est toujours aussi riche. À Montréal, avec toutes les jeunes troupes et les compagnies qui se forment, c’est un milieu qui se porte bien, selon moi. Par contre, c’est certain qu’elles auraient besoin de plus de subventions, parce qu’elles ne sont pas riches. Même les gros théâtres sont obligés de faire des miracles avec ce qu’ils ont. »

► Le scandale Gilbert Sicotte

« Ce que je n’ai pas compris, c’est pourquoi ces personnes ne s’étaient pas plaintes avant. Ça me surprend. Ce qui est épouvantable, je trouve, c’est que les gens ont fait des amalgames avec le mouvement de dénonciation d’abus sexuels. Ce n’est pas du tout la même chose. »