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La France n’est pas en guerre avec la Syrie, affirme Macron

La France n’est pas en guerre avec la Syrie, affirme Macron
AFP

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La France ne fait pas la guerre à la Syrie et veut parler à tous les acteurs de cette crise pour oeuvrer à la paix, a expliqué Emmanuel Macron dimanche soir au cours d’un grand entretien télévisé près d’un an après son élection.

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Moins de 48 heures après les frappes américaines, françaises et britanniques, le président français a longuement parlé de la Syrie pendant cette émission de deux heures programmée avant les attaques.

Avant de développer les thèmes nationaux, Emmanuel Macron a salué le succès de ces frappes, qu’il juge légitimes même si effectuées hors du cadre de l’ONU, et insisté sur la nécessité de parler à tous les acteurs de la crise, y compris les soutiens de Damas, à qui Paris n’a pas déclaré la guerre, la priorité française étant d’éliminer l’organisation de l’État islamique.

«La France n’a pas déclaré la guerre au régime» de Bachar al-Assad, accusé d’avoir utilisé des armes chimiques contre des civils dans la guerre qu’il livre aux rebelles, a déclaré M. Macron.

«Solution politique»

La finalité est de construire ce qu’on appelle une solution politique inclusive», a-t-il dit, mettant en exergue l’activisme diplomatique français pour «parler avec tout le monde», notamment avec les alliés de Bachar al-Assad et les acteurs régionaux comme la Turquie.

Pour parvenir à «cette solution durable», «il nous faut parler avec l’Iran, la Russie et la Turquie», a dit le chef de l’État, qui a exposé sa vision de la nécessité de faire bouger les lignes de fractures diplomatiques entre Occidentaux paralysés dans les négociations menées dans le cadre du Conseil de sécurité de l’ONU, où la Russie a un droit de veto, et les autres acteurs de la crise, dont ces trois pays qui patinent de leur côté dans un processus diplomatique parallèle, celui d’Astana.

Il s’est réjoui que l’unité entre Moscou et Ankara ait été brisée après les frappes.

«Par ces frappes et cette intervention, nous avons séparé sur ce sujet, les Russes, des Turcs (...) les Turcs ont condamné les frappes chimique et ont soutenu l’opération que nous avons conduite», a dit M. Macron.

Quant aux deux principaux alliés de Damas, la Russie et l’Iran, il souhaite les inclure dans les négociations.

«Mon objectif, c’est de pouvoir au moins convaincre les Russes et les Turcs de venir autour de cette table de négociation», a-t-il expliqué.

Légitimité

Le président a écarté les éventuels procès en illégitimité auxquels s’exposeraient ces frappes effectuées hors du cadre de l’ONU, estimant que «c’est la communauté internationale qui est intervenue». «Vous avez trois membres permanents du Conseil de sécurité (de l’ONU) qui sont intervenus», «dans le cadre strict de cette légitimité internationale».

Plusieurs personnalités politiques françaises ont critiqué la légalité de cette opération militaire qui fera l’objet d’un débat sans vote des parlementaires français lundi à partir de 17H00 (15h00 GMT), a annoncé dimanche le président de l’Assemblée nationale française, François de Rugy.

M. Macron a par ailleurs affirmé que, grâce à la France, Donald Trump ne souhaite pas retirer les troupes américaines de Syrie contrairement à ce qu’il avait laissé entendre.

«Il y a 10 jours, le président Trump disait les États-Unis d’Amérique ont vocation à se désengager de la Syrie, nous l’avons convaincu, nous l’avons convaincu qu’il était nécessaire d’y rester (...), je vous rassure, nous l’avons convaincu qu’il fallait rester dans la durée», a-t-il déclaré pendant cette émission organisée par la chaîne de télévision BFM, la radio RMC et le site internet Mediapart.

Il l’aurait par ailleurs persuadé de limiter l’envergure des dernières attaques. «Nous l’avons convaincu qu’il fallait limiter ces frappes aux armes chimiques alors qu’il y avait un emballement médiatique par voie de tweets», une allusion aux déclarations belliqueuses du président américain, notamment contre les forces russes présentes en Syrie.

«J’entends les colères»

Interrogé par deux journalistes particulièrement pugnaces, M. Macron a ensuite, au cours d’échanges parfois tendus, défendu sa politique, rejetant le titre de «président des riches» que lui accolent ses opposants de droite comme de gauche.

«J’entends les colères» dans le pays mais il n’y a «pas de coagulation dans les mécontentements» sociaux, a-t-il assuré dans le cadre solennel du foyer du Théâtre national de Chaillot, avec la tour Eiffel illuminée en arrière-plan, à un moment où plusieurs mouvements sociaux ont lieu, dans les chemins de fer (SNCF), dans le transport aérien ou encore dans les universités.

Politique hospitalière, fiscalité, dépendance, retraites, réformes, SNCF, etc., le jeune président a balayé le spectre des dossiers chauds auxquels il s’est attelé depuis son arrivée au pouvoir il y a près d’un an, et alors que la cote de popularité des responsables de l’exécutif baisse dans les sondages.

M. Macron a déjà déroulé une bonne partie de son programme de réformes d’inspiration libérale mais les Français peinent à avoir une vue d’ensemble de l’action du pouvoir, selon les sondages.

Deux sondés sur trois (67%) considèrent que la politique suivie depuis un an est «favorable aux plus aisés» et 44% des personnes interrogées jugent «décevante» l’action menée depuis 2017 par M. Macron, selon un sondage Elabe réalisé en France et diffusé samedi.