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Une traque des parvenus qui se termine mal

Essaie Jacques lanctôt
Photo courtoisie Le manifeste des parvenus / Le think big des pense-petit
Julia Posca
Éditions Lux

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Cet essai intrigant oscille entre l’ironie et la parodie. Si on prend ce manifeste au pied de la lettre, on pourrait croire qu’il s’agit d’une ode à la richesse des riches, un éloge des puissants de ce monde qui donnent du travail à ces pauvres misérables que nous sommes et qui rêvent en secret de se retrouver parmi les puissants de ce monde.

Il suffirait de « Think big ! » pour qu’on puisse devenir un parvenu de plus et accéder à une classe sociale supérieure.

Selon Julia Posca, signataire de cet essai, Pierre Falardeau aurait raté se cible. « Ceux que ce grincheux gauchiste essayait de parodier ont dépassé ce stade depuis longtemps et ne verront dans cette satire [Elvis Gratton] que le ressentiment de ceux qui ne sauront jamais s’imaginer autrement que comme commis de boutique. »

Cette élite réussit à briller et ses richesses attirent nombre d’admirateurs parmi les artistes, entre autres. « Il ne faut pas sous-estimer les bénéfices que la société peut tirer de cette dialectique de l’envie. » Les garagistes, plombiers, coiffeuses et autres cols blancs ou bleus n’ont plus qu’à rêver de grandeurs comme dans les meilleurs contes de fées.

On parvient au sommet de la pyramide de différentes façons. En méprisant les lois ou en les contournant, mais surtout avec l’aide de l’État et de ses généreux programmes, comme le régime d’épargne-actions, les baisses d’impôts et la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). Ce n’est pas de l’interventionnisme d’État, mais bien de l’entrepreneuriat, clame l’ancien premier ministre Jean Charest, qui plaidait en même temps pour un désengagement de l’État dans les programmes sociaux et « autres béquilles du même genre ».

Vertueux

Ces parvenus ne peuvent être contre la vertu et disent rechercher le bien en tout temps. Dans son essai, Posca rappelle comment la famille Chagnon a su profiter des largesses de l’État pour se tailler une place au sommet et créer sa fondation, reconnue par le gouvernement fédéral « comme organisme de bienfaisance plutôt que comme fondation privée », après avoir empoché 1,8 milliard de dollars en vendant ses actions de Vidéotron à Québecor. Sa fondation lui a permis d’éviter de payer des impôts. Un joli tour de passe-passe, explique-t-elle.

Après avoir exposé en long et en large les six commandements des parvenus, l’auteure propose quatre leçons à tirer de leur comportement.

Insinuations farfelues

Si la première partie sonnait tout à fait juste et s’inspirait de faits réels, cette seconde partie n’évite pas les insinuations plutôt farfelues et grotesques, entre autres lorsque l’auteure caricature ceux qui critiquent, par exemple, la gouverne du maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal.

Pour les opposants dont je suis, « les progressistes dirigeraient d’une main de fer les destinées de la province, poursuivant le fantasme de bâtir un royaume communiste en Amérique du Nord » ! On reconnaît bien là la rhétorique de Québec solidaire et je dirais que le jupon dépasse malheureusement. Il ne pourrait y avoir de « progressistes » en dehors de cette formation politique...

Posca va plus loin dans ses exagérations époustouflantes : les opposants accuseraient QS de promouvoir un « programme politique inspiré de Mao Zedong et autres Fidel Castro » ! Ils seraient des « victimes du complexe islamo-gauchiste », et elle associe joyeusement ceux qui écrivent dans Le Journal de Montréal à la Radio X. Éric Duhaime et Mathieu Bock-Côté, même combat. Personne, à ce que je sache, ne s’insurge que l’on décroche « un crucifix qui prenait de la poussière dans le couloir d’un bâtiment public ». On peut tout aussi bien défendre les acquis de la Révolution tranquille et vouloir protéger notre identité sans être associé à un nationalisme « à la sauce lepéniste ».