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Les investissements se font rares à l’émission Dans l’œil du Dragon à la SRC

À peine un accord s’est concrétisé au cours de la dernière année

Les dragons Gilbert Rozon, Christiane Germain, Martin-Luc Archambault, Serge Beauchemin et Caroline Néron de l’émission Dans l’œil du Dragon (Saison 6). Seulement quatre ententes ont été conclues l’an dernier pendant l’émission et seulement une s’est concrétisée.
Photo courtoisie, Radio-Canada Les dragons Gilbert Rozon, Christiane Germain, Martin-Luc Archambault, Serge Beauchemin et Caroline Néron de l’émission Dans l’œil du Dragon (Saison 6). Seulement quatre ententes ont été conclues l’an dernier pendant l’émission et seulement une s’est concrétisée.

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Les entrepreneurs qui passent à l’émission Dans l’œil du dragon à Radio-Canada ont intérêt à ne pas se faire trop d’illusions. La vaste majorité d’entre eux ne concluront jamais d’entente finale.

Des 32 entreprises qui ont reçu et accepté des offres totalisant 2,6 M$ sur le plateau de tournage l’an dernier, à peine une a réussi à concrétiser un accord jusqu’ici : OLA Bamboo a reçu 10 000 $ de Caroline Néron.

La dragonne est sur le point de s’entendre avec Joane L’Heureux Chocolats pour une somme non divulguée tandis que Serge Beauchemin est à finaliser un investissement de 150 000 $.

Pour sa part, Gilbert Rozon a respecté sa promesse d’offrir un kiosque au festival Juste pour rire à Sofa Happy Air (valeur de 15 000 $). Trois entreprises n’ont pas répondu au Journal et une a cessé ses activités (Mixit).

Le taux de succès des ententes faites pendant l’émission l’année dernière s’élève donc à 12,5 % (quatre sur 32).

C’est beaucoup moins qu’à l’émission Shark Tank aux États-Unis, où le taux de réussite est de 57 %, selon Forbes. Ce constat s’appuie toutefois sur sept saisons.

DURE RÉALITÉ

Jean-Philippe Brousseau, PDG de Phone Loops, est déçu de ne pas avoir pu conclure d’entente. « C’est une chose de faire un deal à la télé, mais c’en est une autre d’avoir l’implication substantielle d’un investisseur », relève-t-il. Comme tous les participants, il reconnaît toutefois que l’émission a eu un effet spectaculaire sur ses affaires.

« En fin de compte, l’offre qu’on nous a faite était beaucoup moins intéressante que ce qu’on avait reçu à l’écran, donc on l’a refusée », indique Véronik Lacombe du fabricant de glaces véganes Lacrem.

« Ça n’a pas été ma meilleure année », convient le dragon Serge Beauchemin, qui a participé à cinq saisons de l’émission. L’entente qu’il s’apprête à signer avec Les Écrans verts sera la seule à voir le jour sur les 10 conclues en ondes pour un taux de réussite de 10 %. Sa moyenne sur cinq ans est meilleure : 21 %.

« Quand tu investis, tu t’engages pour au moins cinq ans, alors si tu as des doutes, t’embarques pas », note-t-il.

VOLTE-FACE

« Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ça peut ne pas marcher, souligne Christiane Germain. Il peut y avoir un manque d’intérêt de part et d’autre. Des fois, on se rend compte que la réalité n’est pas tout à fait la même que ce qu’on nous avait présenté à la télé. »

M. Beauchemin raconte qu’une entreprise a préféré accepter un prêt bancaire que de s’associer avec lui. « Tu passes tout ce temps-là avec eux, tu les plugges à gauche et à droite et puis c’est “ciao, bye” ! » déplore-t-il.

« Il y en a un qui m’a lâchée puis qui m’a rappelée par après en me disant “là, je vois ce que tu peux faire, pourrais-tu revenir ?” Eh bien non, il est trop tard ! » lance Caroline Néron.

À ceux qui reprochent aux dragons d’être chiches, Serge Beauchemin rétorque que ce n’est pas son cas. En cinq ans, il a investi environ 800 000 $ dans 12 entreprises. Et d’ici un an, il s’attend à devoir radier la moitié de ces placements. Malgré tout, il a adoré l’expérience.

De l’aide qui ne s’est pas concrétisée

Créalunch : boom des ventes
Pour ce producteur de mets surgelés, l’impact de l’émission a été tel qu’on a opté pour un financement externe plutôt que de vendre des actions à Caroline Néron, explique le PDG Valentin Millet. La forte augmentation des ventes a aussi généré des fonds qui ont permis de réinvestir dans l’entreprise. En un an, le chiffre d’affaires a été multiplié par 10 pour atteindre 10 000 $ par semaine.

Comfortable World : des négociations « désastreuses »
Après avoir conclu une entente de 25 000 $ avec Gilbert Rozon sur le plateau, Julien Morissette s’est buté à son manque de disponibilité. « Je faisais affaire avec des membres de son équipe qui n’ont jamais bâti d’entreprise », dénonce le concepteur de vêtements et d’oreillers. Il a finalement dû investir lui-même la somme promise par M. Rozon. « Les choses sont en train de se placer », se réjouit M. Morissette.

Bébé Hibou : une étape à la fois
Les entrepreneurs ont interrompu les pourparlers avec Caroline Néron, ne souhaitant pas entrer tout de suite dans une chaîne de grands magasins. « Elle voyait ça très big alors que nous, on préférait avoir une croissance plus normale », relate Matthieu Dufour. Bébé Hibou est maintenant distribué dans les boutiques Rachelle-Béry. « On va lui reparler le jour où on voudra aller dans une grande chaîne », dit M. Dufour. 

Sharebee : en y pensant bien...
À l’émission, l’entreprise d’entreposage et de stationnement collaboratif avait accepté de céder 40 % de ses actions à Martin-Luc Archambault pour 150 000 $. Après réflexion, ses fondateurs se sont ravisés. « Je suis pas mal sûr que Martin-Luc ne serait pas allé avec ce deal-là lui-même », résume le PDG Maxime Villemure. Présente à Montréal, Québec et Toronto, la firme s’active actuellement à recueillir des fonds en vue de percer aux États-Unis.

Valeur totale des offres faites pendant l’émission

  • Martin-Luc Archambault : 482 500 $
  • Serge Beauchemin : 760 833 $
  • Christiane Germain : 565 833 $
  • Caroline Néron : 294 500 $
  • Gilbert Rozon : 463 333 $
  • Total : 2 566 999 $