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Les jeunes? Libéraux!

Le premier ministre Philippe Couillard
Photo Simon Clark Le premier ministre Philippe Couillard

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Les électeurs de 18 à 35 ans appuient le Parti libéral à 35 % selon le dernier sondage Léger. Le PQ ne reçoit que 20 % de leur appui, la CAQ 19 % et QS 14 %.

Nous savons aussi que les Québécois de cette tranche d’âge sont ceux qui ont le plus haut taux d’abstention lors des élections. Privés d’éducation civique, les jeunes semblent ignorer l’importance du vote. Baignant dans l’individualisme, ils se perçoivent comme des individus sans attaches autres que leur famille et leurs amis. Je doute que le mot « compatriote » fasse partie de leur vocabulaire.

Cette nouvelle génération n’a connu de la politique, dans son enfance, que le côté négatif. Les enfants des référendums ont grandi dans la déception de leurs parents souverainistes et l’amertume de leurs parents fédéralistes en face des turbulents péquistes, ces nationalistes, empêcheurs de tourner en rond.

Printemps érable

Les jeunes ignorent les secousses telluriques des grands rassemblements nationalistes des décennies précédentes. Et ils ont aussi été déçus par l’absence de retombées politiques du printemps érable. Et que fut le déclencheur de ce printemps sinon un mouvement pour combattre une augmentation de frais de scolarité universitaire pour l’élite de la jeunesse ? Car les grands rassemblements pour défendre la langue et l’identité québécoise sont chose du passé.

C’est donc une génération sans références historiques, élevée dans la religion de l’individualisme, du cosmopolitisme et de la mixité sexuelle, sociale et raciale. Les plus jeunes ont vécu à Montréal dans un environnement où les employées de garderie étaient voilées, mais avant tout gentilles et dévouées. Et leurs enseignants ont été, pour la plupart, les courroies de transmission du relativisme culturel et de la rectitude politique ambiante.

Ces 35 % d’appui au PLQ, certains les expliquent par leur culture pluraliste – comprenons leur aisance à vivre dans une société où se côtoient des gens de toutes origines et marginalités. À Montréal, ils se retrouvent dans des classes où, en tant que francophones de souche, ils sont minoritaires.

Postnationalisme

Ces jeunes ignorent que l’État-nation a été l’assise de nos sociétés actuelles. Ils regardent les frontières comme des obstacles à la libre circulation des personnes. Ces jeunes Québécois croient que le nationalisme est discriminatoire, une sorte de péché mortel à leurs yeux. Le voile islamique est un morceau de tissu, « y a rien là ». Ils sont culturellement canadiens, donc postnationaux et leur grand frère s’appelle Justin Trudeau.

Cette génération ne connaît que les déboires de la politique. Leurs rêves sont surtout personnels. Et qui pourrait les blâmer ? Le système d’éducation déficient les a privés de la mémoire collective indissociable de leur identité et a failli à sa tâche première de leur apprendre à écrire correctement.

Sans doute voteront-ils libéral pour de mauvaises raisons. Par indifférence politique, certes, parce que le débat identitaire les plonge dans un univers inconnu, parce qu’ils ignorent aussi que la laïcité québécoise n’est pas un épouvantail contre leurs amis immigrants, mais l’acquis d’une civilisation qui affirme la primauté de l’être humain sur tous les dieux.