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Ne m’appelez pas Madame Martineau !

Ne m’appelez pas Madame Martineau !
Photo courtoisie

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Je fais carrière en journalisme depuis 32 ans. Je suis fièrement en couple avec Richard Martineau depuis 16 ans.

 

Régulièrement, sur les médias/égouts sociaux, des trolls machos misogynes et méprisants m’appellent Sophie Martineau.

 

C’est la méthode 101 de l’humiliation des femmes : « Tu n’as pas d’existence propre. Tu n’es que la moitié de ton mari. » Quelle meilleure façon de rabaisser une femme que de lui dire qu’elle ne serait rien sans son homme. Qu’elle lui doit tout. C’est une façon de balayer sous le tapis tout ce que j’ai accompli par moi-même, sans l’aide de personne. Comme si je n’étais que l’ombre d’un mâle.

 

C’est l’arme des faibles d’esprit, qui n’ont pas la capacité intellectuelle d’argumenter. C’est aussi une façon de ramener les femmes près de 40 ans en arrière, quand, au Québec, les épouses devaient porter le nom de leur mari. Pendant toute sa vie mariée, ma mère n’a été que Madame Gilles Durocher. Quelle atteinte à sa dignité !

Comme le rappelait La Presse en 2016 « « Chacun des époux conserve, en mariage, son nom ; il exerce ses droits civils sous ce nom », précise l’article 393. C’est en 1981 qu’a été écartée « la coutume suivant laquelle la femme mariée était désignée par le nom de son mari, car elle semblait contraire au principe de l’égalité des sexes », explique la Société québécoise d’information juridique (SOQUIJ) sur son site internet.”

 

 Cela fait 37 ans, cette année, que les Sophie qui épousent un Martineau continuent de s’appeler Durocher.

Je pensais qu’en 2018 il n’y avait que les gros machos réactionnaires vicieux, les mononcles Marcel, qui m’appelaient du nom de mon mari pour bien me montrer le peu de respect qu’ils ont pour moi.

C’est pourquoi j’ai été estomaquée, en fin de semaine, de me faire appeler avec dédain Sophie Martineau ... par une femme, jeune en plus, qui se dit féministe de surcroit !

 

Une nouvelle collaboratrice du Journal n’a rien trouvé de mieux, pour bien paraître auprès de ses amis progressistes, que de me réduire à « la femme de » en m'appelant Sophie Martineau.

Preuve qu’elle est sexiste : jamais elle n’aurait appelé mon mari Richard Durocher.

Cette jeune femme qui dénonce le patriarcat, le sexisme systémique, qui a écrit pour la Gazette des femmes et qui est invitée à parler de féminisme 2.0 à Rad-Can, me ramène à l’époque où les femmes n’étaient que « la femme du notaire », « la femme du boulanger », « la femme du maire ». Et ça se dit progressiste ?

J’avoue que ça m’a ébranlée. Cette jeune féministe qui s’abreuve au #metoo et #timesup, qui s’offusque du #mainsplaining, qui s’étrangle de colère devant les duchesses du Carnaval de Québec, n’est même pas capable de respecter le fait que je fais carrière indépendamment de mon mari depuis 32 ans.

Imaginez si un homme avait appelé la blonde de Gabriel Nadeau-Dubois (ou toute autre figure de la gauche) du nom de famille de son chum.

Cet homme aurait été crucifié sur la place publique. Léa Clermont-Dion, Marilyse Hamelin, Judith Lussier et Martine Delvaux auraient été invitées à la radio et la télé pour commenter l’affaire. Rima Elkouri et Francine Pelletier auraient écrit des tartines sur le sujet. Il se serait fait traiter, avec raison, de sale sexiste.

Mais m’appeler moi, Sophie Martineau, ça passe comme du beurre dans la poêle ? Pour la clique progressiste, on peut taper sans vergogne sur Bombardier, Ravary, Bock-Côté, Durocher, Martineau, et cie, c’est ça ? Bar open, la chasse est ouverte, le dernier sorti ferme les lumières.

J’imagine que je dois me compter chanceuse qu’elle ne m’ait pas traitée de « frustrée mal baisée », comme le font habituellement ceux qui m’appellent Sophie Martineau.

On dit qu’il faut dénoncer le sexisme partout où il se trouve, peu importe de qui il provient.

Alors je dénonce haut et fort Marjorie Champagne, réalisatrice, chroniqueuse et blogueuse pour son commentaire sexiste, misogyne et anti-féministe.

Et je signe fièrement : Sophie Durocher.