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Projet Montréal face à la tyrannie des taxes foncières

Projet Montréal face à la tyrannie des taxes foncières
Photo d'archives

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Ceux qui sont déçus des premiers mois de l’administration Plante ont désormais une raison supplémentaire de se plaindre: on apprenait récemment que Projet Montréal reporte sa promesse de faire passer le salaire minimum de ses employés et de ceux de ses sous-traitants à 15$ de l’heure.

«Quand ç’a un impact sur le budget, ç’a un impact sur les taxes qu’on paie. C’est sûr et certain qu’on ne pouvait pas», aurait expliqué Magda Popeanu, conseillère de ville du district Côte-des-Neiges, lors d’une séance de conseil d’arrondissement.

Ce que je trouve fascinant avec cet épisode, c’est qu’il démontre à quel point Projet Montréal a réussi un tour de force rhétorique lors de la campagne électorale. Le parti a sévèrement critiqué Denis Coderre pour certaines dépenses discutables comme le fiasco de la Formule E et a promis de maintenir la hausse des taxes au niveau de l’inflation. Les «gauchistes radicaux» de Projet Montréal, comme leurs adversaires se plaisent à les décrire, ont réussi à se positionner comme le parti qui allait mettre fin aux folles dépenses, et ç’a fonctionné! Quand même impressionnant, quand on y pense!

Simultanément, fidèle à sa base militante, la plateforme électorale du parti contenait plusieurs mesures progressistes parfois coûteuses, comme celle sur le salaire minimum à 15$ qui vient tout juste d’être repoussée. On connaît la suite: les taxes ont augmenté davantage que l’inflation lors de la présentation du premier budget après les élections, mais ce n’est toujours pas suffisant pour mettre en place le programme du parti.

Il n’y a pas de recette magique. Si Projet Montréal veut réellement appliquer son programme, le parti n’aura d’autres choix que d’augmenter les revenus de la Ville. Malheureusement pour l’administration Plante, il s’agit d’une chose particulièrement difficile à faire à l’échelon municipal. Je m’explique.

Si le gouvernement provincial souhaite augmenter ses revenus, il a plusieurs outils à sa disposition. Il peut modifier l’impôt sur le revenu ou les taxes à la consommation. Il peut exiger d’Hydro-Québec et de Loto-Québec un effort supplémentaire. Il peut aussi changer le prix de divers permis, ou encore annuler des crédits d’impôt existants. En choisissant parmi ces différentes options, les élus provinciaux auront tendance à prendre celles qui sont moins évidentes pour les électeurs: les citoyens seront moins en colère à la suite de l’abolition d’un crédit d’impôt, par exemple, que par une augmentation de la TVQ, et ce, même si les deux mesures ont le même impact fiscal. En multipliant les petites augmentations par-ci, par-là, il est possible pour le gouvernement provincial de se donner une marge financière supplémentaire sans trop se faire crucifier publiquement.

En comparaison, les administrations municipales qui souhaitent augmenter leurs revenus ont très peu d’outils à leur disposition. En effet, les municipalités sont excessivement dépendantes des taxes foncières: à Montréal, les différentes taxes représentent 68% des revenus, et la taxe foncière constitue à elle seule plus des trois quarts de ce chiffre.

Les élus municipaux n’y échappent donc pas: l’augmentation des revenus doit passer par une augmentation des taxes foncières. Le problème pour les politiciens qui considèrent cette option est que l’augmentation des taxes foncières est certainement l’une des politiques publiques les plus visibles. Pour bien des citoyens, la facture annuelle de taxes foncières est la seule information sur la gestion de la municipalité qui les intéresse. Ils la reçoivent une fois par année, et ils peuvent facilement comparer l’évolution de celle-ci d’une année à l’autre. Il est presque impossible, donc, pour une administration municipale d’augmenter significativement ses revenus sans passer un très, très mauvais quart d’heure dans l’opinion publique.

Dans ce contexte, il ne serait pas surprenant que l’ardeur des élus et élues de Projet Montréal ait été refroidie par l’accueil glacial réservé à leur premier budget. À moins que l’administration Plante ne trouve une façon de diversifier ses revenus autrement que par les taxes foncières, attendez-vous à ce que les mesures les plus coûteuses de sa plateforme restent lettre morte jusqu’aux prochaines élections.