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Tuerie de la mosquée: des survivants et veuves racontent le cauchemar

Saïd Akjour, un père de famille de 45 ans arrivé au Québec en 2007, est l'un des survivants de la tuerie de la mosquée.
Photo d'archives Saïd Akjour, un père de famille de 45 ans arrivé au Québec en 2007, est l'un des survivants de la tuerie de la mosquée.

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Le drame survenu à la Grande Mosquée de Québec a pris une dimension très humaine, mardi, lorsque les survivants et les veuves des hommes abattus sont venus raconter le cauchemar dans lequel Alexandre Bissonnette les a plongés le soir du 29 janvier 2017. 

« Ce soir-là, la prière venait à peine de débuter lorsque je suis arrivé. Lorsqu’elle s’est terminée, j’ai fraternisé avec Azzedine (Soufiane) qui était là... on marchait tranquillement, on parlait... D’ailleurs, je pense que la dernière personne a qui il a parlé c’est moi...»

C’est en retenant difficilement ses larmes que Saïd El-Amari s’est adressé au juge François Huot. L’homme a été grièvement blessé à la suite de la tuerie et il a passé deux mois à l'hôpital, dont un dans un coma artificiel.

S’il ne se rappelle pas ces longues semaines passées en milieu hospitalier, il se souvient très bien des quelques minutes où un homme est entré dans son lieu de culte pour y assouvir sa folie meurtrière.

En panique, il dit s’être retrouvé près du Mihrab... En se retournant, il a vu Azzedine tomber sous les balles.

«Il y a toujours ce remords qui me ronge toujours... On aurait dû aller lui donner un coup de main pour désarmer le meurtrier.... Je demande pardon à sa femme... on n’a pas pu l’aider... », a-t-il dit en éclatant en sanglots.

Lorsque le juge lui a demandé quelle sentence devrait être imposée à Bissonnette, l’homme est catégorique.

«Je suis terrifié de savoir qu’une personne aussi tordue pourrait se retrouver dans la même société que moi dans 25 ans», a-t-il laissé tomber.

La veuve d’Abdelkrim Hassane, Louiza, a également pris la parole, forte et fragile à la fois.

«Le 29 janvier, mon mari a regardé une vidéo avec nos filles âgées de 10, 9 et 2 ans et demi montrant un enfant courageux et il a dit aux filles : "Je veux que vous soyez courageuses comme ce petit garçon." On aurait dit qu’il avait pressenti sa mort», a-t-elle dit difficilement.

Lorsqu’elle a appris le décès de son conjoint des 18 dernières années, elle a eu l’impression de plonger dans un cauchemar.

«Je suis retournée à la maison, ne croyant pas que mon mari était mort. Je réfléchissais au mot que j’allais employer pour dire à mes filles que leur papa était décédé... Croyez-moi, rien n’est plus difficile que d’annoncer à de petites filles la mort de leur papa», a-t-elle ajouté.

«Depuis, les balades, les pique-niques, les voyages ont cessé... Mon mari ne sera plus là pour partager les joies et les peines de ses trois filles. Il ne sera pas là pour leur cérémonie de graduation ou leur mariage. Ma dernière n’aura aucun souvenir de son papa et cela est tellement injuste...», a-t-elle laissé tomber, ébranlée avant de demander au juge d’imposer au tueur «une peine exemplaire».

Ce qu'ils ont dit

«Alexandre Bissonnette était déterminé, professionnel. Il s’est acharné. C’était une scène horrible. Un crime haineux qui n’a pas sa place dans notre société. Nous, nous n’avions que nos prières et notre impuissance.»

– Hakim Chambaz, survivant de la tuerie

«Je me suis déplacé vers le fond de la salle. L’assaillant était déterminé. Il avait l’air calme. Il faisait son crime avec un sang froid, comme s’il jouait à un jeu vidéo.»

– Saïd Akjour, blessé à l’épaule le soir du 29 janvier 2017

«Ce soir-là, il y a quelque chose qui a été brisé et qui ne se réparera jamais. Qu’est ce qu’on a fait de mal à la société pour mériter cela? C’est la question que je me pose tous les jours.»

– Mohamed Khabar, touché à deux occasions le soir du drame