/opinion/blogs/columnists
Navigation

Youri Chassin en dix enjeux

Youri Chassin en dix enjeux
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Coup d'oeil sur cet article

Qui est Youri Chassin, nouveau candidat de la Coalition Avenir Québec dans la circonscription de Saint-Jérôme ?

M. Chassin est économiste à l’Institut économique de Montréal (IEDM), un think tank très connu et plutôt fort en communication. Ce groupe, qui intervient régulièrement dans le débat public, est généralement contre l’intervention de l’État, favorable à de multiples privatisations, et milite pour une réduction des taxes. Selon leur position, plus on s’en remet à la liberté des entreprises, et plus on s’en portera bien.

Youri Chassin a porté des positions très poussées en ces matières. Passons-en quelques-unes en revue. Mais avant, quelques mises en garde s’imposent.

Je tiens tout d’abord à préciser que je salue son arrivée en politique : il est positif que des gens qui ont des idées s’y impliquent, en dépit de mes désaccords radicaux avec ce monsieur. Le niveau du débat n’en sera que rehaussé.

Il est également parfaitement normal de changer d’idée, surtout quand on commente l’économie. Cette dernière est toujours en mouvement ; il faut donc éviter d’être idéologique là-dessus.

Youri Chassin est un homme intelligent, sachant très bien que quand on se joint à un parti, on doit accepter certains compromis, vivre avec une plateforme qui ne nous convient jamais à 100%, quitte à mener ses propres débats à l’interne. Il ne faut pas donc chercher impérativement des contradictions entre les idées du chercheur et celles du parti.

Ces choses étant dites, il est tout de même d’intérêt public de connaître les positions politiques –surtout si elles sont récentes- d’un candidat qui dispose d’une assez bonne notoriété. Dans la mesure où ce dernier aspire désormais à faire partie de l’Assemblée nationale, et peut-être même du gouvernement du Québec, il nous paraît parfaitement légitime de connaître les idées qu’il porte. Il lui reviendra de nous dire lesquelles il souhaite continuer à défendre au sein de la CAQ.

Voyons de quoi il s’agit.

Sur le privé en santé

Youri Chassin croit que les « succès des initiatives privées en santé » démontrent la supériorité de ce réseau sur le système public, qui prouverait l'incapacité de ce dernier à « faire preuve de flexibilité et d’efficacité pour répondre aux besoins des citoyens ». Vous en doutez ? « Demandez-vous pourquoi on n'a jamais vu le ministre Barrette s'obstiner publiquement avec les dentistes sur leurs heures d'ouverture ».

Sur les CPE

Youri Chassin est extrêmement sévère vis-à-vis de nos CPE, ce « système subventionné », alors que « personne n’a encore jugé bon de copier notre modèle ». La gratuité, ça coûte cher.

Sur les travailleurs et les régimes de retraite

« Le droit d'un employé de refuser de payer ses cotisations syndicales, de son côté, pourrait être accepté par la Cour suprême à cause d'un jugement similaire de 2006 de la Cour européenne des droits de l'homme, selon Youri Chassin, directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal. Les avantages des régimes publics sont trop souvent surévalués alors que l'épargne privée présente des avantages trop souvent ignorés ou sous-estimés. »

Tout est dit.

Sur les politiques antitabac

Vous connaissez la politique du « paquet neutre », mise en place dans plusieurs pays ? Il s’agit d’interdire aux compagnies d’apposer un logo sur les paquets de cigarettes. Or, pour Youri Chassin, il s’agit d’un « nouveau puritanisme » qui porte «atteinte inconsidérément aux choix personnels et à la liberté des citoyens ».

Sur le nationalisme économique

Depuis quelques années, plusieurs ventes de sièges sociaux font la manchette au Québec. En général, la CAQ exige que l’État intervienne pour garder nos fleurons chez nous. Ce n’est pas le cas de leur nouvelle recrue. En 2015, lors de la vente du Cirque du Soleil, Youri Chassin soutenait qu’il faut « reléguer le dirigisme et le nationalisme économique aux oubliettes de l’histoire ». Le propriétaire du Cirque était bien libre de faire ce qu’il voulait avec son entreprise. Faut-il rappeler à l’économiste de l’IEDM que ce même propriétaire, Guy Laliberté pour ne pas le nommer, écrivait en 2007 que, sans le soutien de l’État québécois, ses pressions et ses subventions, le Cirque n’aurait pas survécu à sa deuxième année d’existence ?

Sur les subventions aux entreprises

Comme on le sait, la CAQ cherche à parler aux entrepreneurs. Il existe 440 programmes de subvention visant à les soutenir. Ces programmes ne font cependant pas que des heureux, dont Youri Chassin, qui croit qu’on les incite « à se lancer dans un domaine subventionné », à « gaspiller un temps précieux pour aller chercher une subvention plutôt que de démarcher un nouveau client ». et à « engager une personne pour remplir des demandes auprès des gouvernements et organismes divers, plutôt qu’une représentante des ventes à l’international ». Si les entrepreneurs sont et doivent être libres, comme il le prétend, ils n’ont qu’à se passer de ces programmes gouvernementaux, non ?

Sur les dépenses publiques

Vous en aviez marre de l’austérité budgétaire ? Pas Youri Chassin, qui a défendu à quelques reprises la promesse du Parti libéral de mettre en place un « cran d’arrêt » aux dépenses publiques, stipulant que chaque dépense imprévue doive être financée par des coupures dans d’autres dépenses. (Voir ici et ici)

Sur l’environnement et l’énergie

Favorable à l’exploitation du pétrole québécois (voir ici et ici), Youri Chassin était favorable au projet d’oléoduc de TransCanada, et estime que les pipelines présentent « des avantages économiques significatifs » parce que l’« investissement privé est [...] manifestement préférable aux dépenses publiques lorsque vient le temps de stimuler l’économie ». Il est également contre l’idée d’une taxe sur le carbone.

Qui plus est, sur l’exploitation des gaz de schiste et la fracturation hydraulique, il reconnaît qu’il existe des risques de contamination, mais prétend que ces risques seraient comparables à ceux de se faire frapper par la foudre, soit presque inexistants.

Quant au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui permet aux citoyens de s’exprimer et de poser des questions sur les grands projets pouvant avoir un impact sur l’environnement, M. Chassin l’estime « toxique pour le développement économique ». Le Fonds vert, créé en 2006, ne trouve pas davantage grâce à ses yeux, devant être –selon lui- aboli.

On ne s’étonnera pas du fait que Youri Chassin soit en faveur d'une privatisation d’Hydro-Québec (il est, au passage, également pour qu’on privatise la SAQ). Mais il va aussi jusqu’à contester l’utilité des subventions aux énergies renouvelables et aux véhicules électriques, croyant qu’il faut plutôt laisser le marché procéder par lui-même. Qui plus est, pour l’économiste, les surplus d’électricité utilisés pour accentuer l’électrification des transports seraient « des projets d’éléphants blancs ».

Notons, pour finir, que Youri Chassin est aussi contre l’éolien. (Voir ici et ici)

Sur la gestion de l’offre en agriculture

En agriculture, la gestion de l’offre est un système touchant les producteurs de volaille, d’œufs et de lait, ayant permis d’éviter des crises de surproduction et de conserver une certaine souveraineté alimentaire. Depuis le début de la décennie 1970, divers mécanismes ont été mis en place pour que l’offre puisse répondre à la demande des consommateurs. Pour Youri Chassin, la gestion de l’offre est un ensemble de « politiques néfastes » qu’il faudrait abolir.

Sur les frais de scolarité

Pour l’économiste de l’IEDM, lorsque le mouvement étudiant milite contre la hausse des frais de scolarité, il favorise en réalité un transfert de la richesse vers les plus riches.

En résumé

Les idées du nouveau candidat caquiste dans le comté de Saint-Jérôme ont le mérite d’être claires, mais vont dans le sens d’un démantèlement radical des institutions qui font la spécificité québécoise. Youri Chassin est un éloquent défenseur des recettes qui, partout dans le monde, prétendaient s'appuyer sur une plus grande liberté mais finissaient toujours par servir principalement la minorité la plus riche. Il y a évidemment bien des raisons d’être insatisfaits du modèle québécois, mais il faut néanmoins comprendre le sens des solutions proposées par Youri Chassin et l’IEDM. La CAQ a toujours été entre deux chaises, ne sachant pas si elle devait davantage s’appuyer sur sa base nationaliste ou sur son aile du tout au marché. Ce recrutement n'est pas anodin.