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Autisme et handicap font le spectacle

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« C’est peut-être une coïncidence comme le proclamait la publicité des producteurs de lait, mais... » dans les six derniers mois, deux pièces de théâtre et un long métrage font courir les amateurs de théâtre et de cinéma en mettant en vedette des handicapés et un autiste.

Des spectacles de haut vol qui devraient mériter les plus grands honneurs. C’est déjà fait pour l’excellent film Maud, qui raconte la vie d’une pauvre handicapée de Nouvelle-Écosse, devenue après sa mort une peintre naïve de grande réputation. Ce long métrage a remporté le prix Écran du meilleur film canadien le mois dernier et sa vedette, Sally Hawkins, celui de la meilleure actrice.

Une reconnaissance semblable est sûrement à venir pour les comédiens Benoît McGinnis et Sébastien René ainsi que pour les metteurs en scène Hugo Bélanger et Jean LeClerc. Ils ont tous deux accompli une démarche personnelle, ne trahissant pas les auteurs des pièces qu’ils ont mises en scène.

Benoît McGinnis et Sébastien René

Sous la direction de LeClerc, McGinnis incarnait Joseph Merrick, le Britannique aux nombreuses difformités rendu célèbre par la pièce de l’auteur américain Bernard Pomerance. Quant à Sébastien René, il donne actuellement au théâtre Jean Duceppe une performance décoiffante dans le rôle de Christopher, un personnage créé d’abord par le romancier anglais Mark Haddon.

Son roman au titre surprenant, Le bizarre incident du chien pendant la nuit, s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires. Le dramaturge Simon Stephens en a tiré une pièce de théâtre qui fait le tour du monde. Pour l’instant, la pièce enchante – avec raison – les fidèles de chez Duceppe. Pour son dernier choix comme directeur artistique du théâtre, Michel Dumont a réussi un coup de maître.

Hugo Bélanger, responsable du premier spectacle permanent du Cirque du Soleil en Chine, a le don des mises en scène imaginatives et amusantes. Qu’on se rappelle Münchausen au Théâtre Denise-Pelletier ou Le tour du monde en 80 jours au TNM.

Un magicien de la scène

Avec un budget modeste, ce magicien de la scène, aidé de brèves projections, transforme le plateau ingrat de chez Duceppe en rue de Londres, en wagons de métro, en hall de gare, en jardin, en appartement, en arrière-cour, en salle de classe, etc. Toutes ces métamorphoses se succèdent sans interruption au su et au vu des spectateurs.

Autre coïncidence, s’il en est une, les auteurs de L’homme éléphant comme du Bizarre incident se fendent en quatre pour expliquer qu’ils n’ont pas écrit un personnage d’infirme ou un personnage autiste. Les deux insistent plutôt pour qu’on voie chez l’homme éléphant et chez Christopher Boone des êtres qui ne sont ni malades ni infirmes, mais tout juste singuliers.

Dans son petit village de South Ohio, en Nouvelle-Écosse, Maud Lewis, bossue et pratiquement naine, se voyait comme une femme ordinaire, alors que tous les villageois la voyaient difforme et retardée.

En cette époque où on prêche l’inclusion tous azimuts, où on voudrait masquer toutes les différences, où on va même jusqu’à souhaiter la disparition des genres chez les humains comme dans la langue, ce n’est sûrement pas un hasard si des spectacles comme L’homme éléphant ou Le bizarre incident du chien pendant la nuit, ou encore le film Maud, prennent l’affiche et nous brassent la cage.

C’est peut-être juste une coïncidence, mais...