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On fait quoi avec notre colère, Rosalie?

On fait quoi avec notre colère, Rosalie?
Photo courtoisie

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Dès la première minute, avant même qu’on sache ce qui t’était arrivé, en voyant la photo de ta mère circuler dans les nouvelles, j’étais en crisse. Gratuitement de même, je l’ai jugée sur ses yeux de «lendemain de veille».

J’ai jugé un livre par sa façade, je n’en suis pas fier. Je ne la connais pas ta mère, Rosalie, et ce n’est pas à moi de la juger. En fin de compte, ça ne change rien.

Ta mère me semblait louche, pis toi, t’es partie, c’est ça l’essentiel. J’ai des images de tes dernières minutes dans mon cerveau et je ne sais pas trop comment computer ça. Je sais pas quoi faire avec ça, Rosalie. Je ne suis pas équipé pour imaginer les derniers moments d’une enfant de 2 ans.

Je ne suis pas le seul en crisse. Pis là, on fait comme on fait toujours, collectivement: on est en colère, pis on cherche sur qui se déverser. «La DPJ n’a pas fait sa job! Cette jeune femme est une ordure! Ça doit être son chum! Les médias en parlent trop! Maudite drogue, pis nous autres on va la légaliser en plus! Les voisins étaient où hein? Ton père, lui, était où?»

On ignore encore, au moment où j’écris ces lignes, qui est parti avec ta vie, Rosalie. Essaie de ne pas trop nous en vouloir de réagir ainsi. On trouve souvent le moyen de prendre une distance émotionnelle face aux nouvelles qui sont trop... tristes? Horribles? Déchirantes? Pathétiques? Trop toute.

Mais quelle câlice de distance veux-tu prendre devant la nouvelle d’un petit loup de 2 ans qui aurait été affreusement trahi par la personne qui devrait le plus y tenir? Y en a pas de distance. Ça nous frappe tous de plein fouet ton départ, Rosalie.

Notre premier réflexe souvent, devant le sang, c'est de vouloir plus de sang. On le sait, dans le fond, que d’être fâché après quiconque ne changera absolument rien à ce qui t’est arrivé, ti-loup. C’est par contre mauditement plus facile que de s’écrouler en boule au milieu du passage pis de brailler.

Mais c’est peut-être ça qu’il faudrait faire.