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District 31: comme un Tarantino

Luc Dionne, auteur de District 31.
Photo d'archives, Agence QMI Luc Dionne, auteur de District 31.

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Wow! La dernière de la deuxième saison de District 31, jeudi, va rester dans les annales de la télé comme une des grandes finales du petit écran. Quel punch (que je n’avais pas vu venir pantoute), et quelle toune! Finir sur The Way de Fastball, un succès des années 90, c’était un charmant clin d’œil aux films de Quentin Tarantino (Pulp Fiction, Reservoir Dogs), dans lesquels les pires bains de sang sont toujours accompagnés de tounes pop.

VOTRE BEAU PROGRAMME

Jeudi à l’émission de Paul Arcand, des auditeurs appelaient pour expliquer pourquoi ils étaient si accros à District 31. Un auditeur racontait qu’il n’avait plus envie de faire des heures supplémentaires parce qu’il préférait être devant son écran à 19 h. Une dame racontait qu’en voyage en Asie, elle s’était procuré un bidule électronique pour pouvoir visionner D-31 en dehors du territoire canadien.

Mais pourquoi sommes-nous tous envoûtés par cette série policière? D’après moi, ça tient en un mot: humain.

D’un côté, on voit ces flics côtoyer au quotidien la misère humaine dans ce qu’elle a de plus laid, de plus triste, mais aussi de plus noble. De l’autre, on voit dans chaque épisode la profonde humanité de ces policiers.

Dans le dernier épisode, mon moment préféré arrive quand le commandant Chiasson (fabuleux Gildor Roy) confie au sergent détective Patrick Bissonnette (Vincent Guillaume-Otis) qu’il se sent coupable de ne pas avoir pu protéger Nadine. Ils se prennent dans les bras et se collent, avec tendresse. (J’ai même pensé au slogan de cette compagnie d’assurances, «La police qui pardonne».) Deux polices qui se font un câlin: je craque. On n’aurait pas vu ça dans Miami Vice, mettons!

L’autre force de District 31, c’est que même les personnages secondaires sont développés comme des personnages principaux. C’est vraiment une série chorale, qui braque les projecteurs sur un groupe de comédiens au lieu de juste deux ou trois. Mon coup de cœur: Pascale Montpetit en procureure de la Couronne, qui a toujours l’air du chat qui a mangé la souris.

Et puis... il y a l’écriture savoureuse de Luc Dionne (et la script-édition de Fabienne Larouche). On a eu droit à cette réplique savoureuse de Da-Xia au sujet des médias sociaux: «De la diarrhée verbale de gens complètement décentrés qui s’imaginent s’élever au-dessus des autres parce qu’ils les écrasent avec des insultes.» Hmmm, je me demande à qui Dionne pensait en écrivant cette phrase...

Et Luc Dionne a même placé dans la bouche d’une pute une figure littéraire assez rare: un zeugma, qui «consiste à faire dépendre d’un même mot deux termes disparates qui entretiennent avec lui des rapports différents». Miss BBQ déclare en effet à Laurent Cloutier: «Je suis juste une petite escorte qui fait des pipes à 100 piasses... et des métaphores à 5 cennes.» Hahaha! Je la ris encore!

LA TÉLÉ DE CHEZ NOUS

Cette année, on aura eu droit à deux séries devenues des phénomènes sociaux: Fugueuse, à TVA, et D-31, à Radio-Canada. On n’a rien à envier aux Netflix de ce monde. Pour paraphraser Elvis Gratton, «nous autres aussi, on l’a l’affaire».