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La fin de la pilule contraceptive?

La fin de la pilule contraceptive?
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Exténuées par ses effets secondaires, beaucoup de femmes tournent le dos à la pilule contraceptive et renouent avec la contraception naturelle, qui était surtout utilisée en cachette avant l’arrivée de la pilule miracle. Un retour en arrière qui pourrait être précurseur de l’avenir.

Chaque soir, avant de se coucher, Mélissa s’enferme quelques minutes dans la salle de bain pour observer ses sécrétions vaginales et le col de son utérus. Si les sécrétions sont plus présentes que la veille et si son col est ouvert, elle sait qu’elle est dans sa période de fertilité.

La fin de la pilule contraceptive?
Illustrations Christine Lemus

Ce qu’elle observe, elle l’écrit dans son calendrier, où elle note également sa température vaginale tous les matins avant de se lever. Quand celle-ci est plus élevée que la moyenne depuis trois jours, la période où elle peut tomber enceinte est bel et bien terminée. Elle peut alors reprendre avec son conjoint une activité sexuelle normale. « Ça ne me prend pas plus que cinq minutes par jour. C’est beaucoup moins compliqué que ça en a l’air », jure-t-elle, en entrevue avec Tabloïd.

Depuis six ans maintenant, Mélissa utilise la méthode sympto-thermique, la méthode de contraception naturelle la plus fiable selon la médecine moderne. « J’ai pris la pilule pendant plusieurs années, puis je me suis fait poser un anneau vaginal. Ça n’avait pas de bon sens. J’étais SPM pendant deux semaines ! »

Des changements d’humeur à la source de nombreuses disputes avec Maxime, son conjoint. « Là, au moins, quand je suis bougonne, il sait pourquoi. »

La fin de la pilule contraceptive?
Illustrations Christine Lemus

Contrairement aux autres moyens de contraception, la méthode sympto-thermique permet de partager la responsabilité entre les conjoints. « Avant, la pression était toute sur mes épaules. Il ne fallait pas que j’oublie ma pilule. Maintenant, il connaît mon cycle autant que moi. C’est lui qui me donne un coup de fesse pour me faire penser à prendre ma température le matin. Il m’aide aussi à prendre mes notes », se réjouit Mélissa.

Maxime n’y voit également que du bon. « Je dirais que ça m’a responsabilisé, parce que nous, les gars, on a tendance à blâmer les filles si elles tombent enceintes. On a été élevés comme ça, malheureusement. »

Reprendre le contrôle

Quand ils ont décidé de ne plus recourir à cette méthode, parce qu’ils voulaient avoir un enfant, l’heureuse nouvelle ne s’est pas fait attendre. « Ça a juste pris deux mois avant que je tombe enceinte, puisqu’on connaissait déjà très bien mon cycle. »

Car la méthode ne permet pas qu’aux hommes de mieux connaître le corps féminin : les femmes en apprennent elles aussi sur leur propre corps.

Pour Mélina Castonguay, qui souffre de sclérose en plaques, la méthode a été beaucoup plus qu’une manière d’espacer ses grossesses. « Je peux prévoir mes activités selon mon cycle. Je suis capable de dire quand je vais être en période d’ovulation, parce que j’arrête d’avoir de la douleur. J’ai beaucoup plus d’énergie. Tandis que, lorsque j’ai mes règles, je sais que je ferais mieux de rester chez nous. »

Elle est à ce point convaincue des vertus de la méthode qu’elle est devenue formatrice bénévole pour Seréna Québec, le seul organisme agréé qui fasse la promotion de la contraception naturelle.

Seréna a beaucoup changé depuis sa fondation en 1954. À l’époque, la pilule n’existait pas encore et les méthodes de contraception naturelle n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. « C’était vraiment juste pour donner aux femmes un outil pour espacer les grossesses, à une époque où la religion contrôlait tout », raconte Marie-Hélène Viau, directrice générale de l’OSBL.

Puis la pilule contraceptive a été autorisée en 1960. En marge de la contraception hormonale (pilule, anneau, stérilet avec hormone...), les méthodes naturelles n’ont cessé de se peaufiner depuis.

« Le grand public réduit encore la contraception naturelle au retrait préventif, qui n’est vraiment pas si fiable. En réalité, la méthode sympto-thermique a un taux d’efficacité qui est semblable à celui de la pilule, mais ça demeure très peu connu », se désole Mme Viau.

Méthode sympto-thermique : les croyants y croient

Autrefois détracteurs de la contraception naturelle, les croyants sont aujourd’hui ceux qui sont les plus familiers avec la sympto-thermie. « Il y a souvent des églises qui nous contactent pour des conférences. On est même déjà allés dans une mosquée », évoque Marie-Hélène Viau.

On préfère alors parler de « fertilité apprivoisée » plutôt que de contraception naturelle, même si, au final, la méthode sympto-thermique reste la même.

Malgré une certaine ouverture du pape François, le Vatican condamne encore toute forme de contraception. Pour Catherine, qui est très pieuse, prendre la pilule ou porter un stérilet n’a jamais été une option. « Mais même si on est chrétiens, on fait la même vie que tout le monde. On travaille tous les deux, on n’est plus à l’époque où on pouvait avoir 10 enfants », laisse tomber celle qui donnera bientôt naissance à son troisième bambin, lors d’une entrevue avec Tabloïd.

Le fait qu’elle ait recours à la méthode sympto-thermique pour espacer ses grossesses n’a jamais constitué un problème moral pour Catherine ou pour son mari. « Tous nos couples d’amis utilisent la méthode. On s’en parle ouvertement et tout le monde trouve ça fantastique. Ce n’est vraiment pas tabou », fait-elle remarquer.

De plus en plus, la contraception naturelle rallie aussi de l’autre côté du spectre idéologique, constate Marie-Hélène Viau. « Il y a tout un discours néoféministe et écologiste dans le fait d’arrêter la contraception hormonale maintenant. »

Question délicate

Alors que leurs grands-mères l’avaient accueillie comme une révolution, de jeunes féministes émettent aujourd’hui des réserves à l’égard de la contraception hormonale, se gardant bien de hausser le ton, conscientes qu’elles s’attaquent à un symbole féministe fort.

« Il est très difficile d’avoir des discussions apaisées à ce sujet. La moindre critique est perçue comme une ingratitude de la nouvelle génération ou une menace au droit à la contraception », regrette la journaliste française Sabrina Debusquat, qui a fait paraître J’arrête la pilule en septembre dernier.

Dans son livre, Sabrina Debusquat dénonce les effets secondaires de la pilule contraceptive : la hausse de certains cancers et des AVC ou encore une baisse de libido, notamment. Elle y voit une domination de l’industrie pharmaceutique sur le corps de la femme. « La pilule n’est plus vue comme le point d’orgue du féminisme. C’est une des marches de l’escalier qui mène à l’égalité, mais ce n’est pas le sommet », plaide-t-elle.

Un discours qui rejoint de plus en plus de femmes en Europe. En 2000, 57 % des Françaises prenaient la pilule contraceptive. En 2013, elles n’étaient plus que 43 %. Un phénomène que l’on surnomme « génération no pilule » dans l’Hexagone.

« Là-bas, il y a eu beaucoup de scandales autour de la pilule de troisième et de quatrième génération. Ici, ça n’a pas été le cas », avance Marie-Hélène Viau pour expliquer que cette tendance n’ait toujours pas traversé l’Atlantique, les anovulants étant encore la méthode de contraception préférée des Québécoises.

Peu importe, la « génération no pilule » a surtout profité, pour l’instant, au stérilet et au préservatif. La contraception naturelle reste également mal connue en France.

Pour rester

Sans mettre en doute son efficacité, la Dre Édith Guilbert, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), ne croit pas que la méthode sympto-thermique sortira un jour de la marginalité. « La méthode demande beaucoup de discipline. Ça peut fonctionner quand on est en couple, pour espacer les grossesses, mais je vois mal comment ça pourrait s’imposer à la majorité des femmes. »

Quoi qu’on en dise, la pilule contraceptive demeure l’une des méthodes les plus efficaces, tient à rappeler la Dre Guilbert. « On a tendance à exagérer ses effets secondaires. Attribuer la hausse de l’infertilité chez les hommes seulement à la pilule, par exemple, c’est malhonnête. »

De toute façon, Seréna Québec n’a pas la prétention de vouloir changer les habitudes contraceptives des Québécois. « On n’est pas antipilule ou antistérilet. Nous, tout ce qu’on veut, c’est donner la chance aux femmes de connaître toutes les solutions qui existent. C’est plus un travail d’éducation que de militant », soutient Marie-Hélène Viau.

Et l’on ne peut douter qu’un gros travail d’éducation reste à faire quand on parle de contraception. Selon les chiffres de l’INSPQ, 20 % des femmes de 17 à 20 ans ont toujours recours au coït interrompu.