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Cri d’alarme des parents du réseau scolaire

L’inaction de Québec concernant les frais chargés aux parents est «inacceptable»

Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, n’est «plus capable» d’entendre les «promesses en l’air» du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans le dossier des frais chargés aux parents (comme les articles scolaires), qui n'est toujours pas réglé à quelques mois de la rentrée.
Photo Daphnée Dion-Viens Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, n’est «plus capable» d’entendre les «promesses en l’air» du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans le dossier des frais chargés aux parents (comme les articles scolaires), qui n'est toujours pas réglé à quelques mois de la rentrée.

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La Fédération des comités de parents est en furie contre le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, qui n’a toujours pas fait le ménage dans la facture scolaire. Sa présidente lance «un cri d’alarme» et dénonce une situation «inacceptable».

Pour une rare fois, la colère gronde parmi les parents membres de la Fédération, affirme Corinne Payne, lors d’un entretien avec Le Journal. «On est prêt à éclater. Les parents et les enfants du Québec méritent mieux», lance-t-elle. Le «niaisage» de Québec dans le dossier du protecteur de l’élève a aussi contribué à mettre le feu aux poudres.

En décembre, à la demande du ministre Proulx, la Fédération a présenté une proposition pour encadrer les frais chargés aux parents dans le réseau scolaire : un canevas de facture unique détaillé, basé sur les mêmes balises pour toutes les écoles québécoises.

Quatre mois plus tard, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, n’a toujours pas tranché. La semaine dernière, il a répété que de nouvelles balises seront présentées d’ici la fin de l’année scolaire.

Or, ces nouvelles règles doivent être présentées d’ici le 1er mai au plus tard, selon la Fédération, puisque des listes de matériel scolaire commencent déjà à être approuvées pour l’an prochain dans des écoles. «Il est minuit moins une», lance Mme Payne.

La Fédération s’explique mal l’inaction du ministre, quatre mois plus tard, alors que sa proposition a été élaborée en deux mois par des parents bénévoles, qui ont travaillé souvent tard le soir. «On n’est pas payé dans les six chiffres», lance Mme Payne. Les parents estiment qu’ils ont respecté leur part du marché et «exigent» maintenant du ministre qu’il «fasse sa job».

«Campagne de peur»

La Fédération des comités de parents reproche par ailleurs à certaines commissions scolaires de mener «une campagne de peur et d’intimidation», en laissant entendre aux parents que le recours collectif intenté contre la grande majorité des commissions scolaires pourrait sonner le glas des sorties éducatives pendant les heures de classe. D’où l’importance pour le ministre d’agir rapidement, souligne Mme Payne.

Ce recours collectif vise 68 commissions scolaires, qui auraient facturé des frais illégaux aux parents pour du matériel scolaire ou des sorties éducatives au cours des dernières années.

«Manque de transparence»

Corinne Payne dénonce aussi au passage «le manque de collaboration et de transparence» de la Fédération des commissions scolaires, qui s’était engagée à travailler de concert avec les parents dans ce dossier, avant de se retirer en invoquant le recours collectif en cours contre ses membres. «Nous, on est là pour les intérêts des enfants et des parents, pas pour notre carrière politique», lance Mme Payne.

Appelée à réagir, la Fédération des commissions scolaires du Québec a refusé de commenter, parce que ce dossier se retrouve présentement devant les tribunaux.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, on s’étonne de cette sortie puisque la Fédération est «bien au fait des travaux» en cours, affirme son attachée de presse, Marie Deschamps. Les échéanciers dans les dossiers des frais chargés aux parents et du protecteur de l’élève n’ont pas changé, indique-t-elle.

L’inaction du ministre Proulx dénoncée

La Fédération des comités de parents dénonce l’inaction du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, dans le dossier du protecteur de l’élève, qui fait du «surplace».

Il y a 10 ans, chaque commission scolaire a dû se doter d’un protecteur de l’élève, chargé de régler les conflits qui subsistent entre l’école, les élèves et leurs parents. Depuis des années, la Fédération dénonce des lacunes dans le mécanisme de traitement des plaintes. «C’est n’importe quoi!» lance sa présidente, Corinne Payne, qui déplore le manque de neutralité et de pouvoir de cet arbitre scolaire.

Depuis le début de l’année, les appels de parents insatisfaits de leur recours devant un protecteur de l’élève se sont multipliés à la Fédération, indique-t-elle. Plutôt que de recevoir en moyenne un appel à ce sujet chaque mois, c’est un appel par semaine que reçoit maintenant la Fédération. Depuis le début d’avril, sept parents ont appelé pour dénoncer les mécanismes en place.

D’importantes lacunes

L’automne dernier, le Protecteur du citoyen avait aussi mis en lumière d’importantes lacunes, dans un rapport étoffé. Pour y remédier, il était alors proposé que le Protecteur du citoyen agisse comme recours ultime, «impartial et indépendant», pour des parents insatisfaits des conclusions du protecteur de l’élève ou du suivi accordé à celui-ci par la commission scolaire.

Fin octobre, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, avait indiqué que ces recommandations «permettraient de finaliser» les travaux devant mener à «la rédaction d’un projet de loi». Or, le gouvernement Couillard a jusqu’au 15 mai pour déposer un projet de loi pendant la session parlementaire en cours. Le ministre Proulx pourrait aussi faire un dépôt législatif avec l’accord de tous les partis d’ici au 15 juin.

Mme Payne veut que Québec cesse le «tournage en rond» et demande à tous les élus de mettre de côté la partisanerie afin de travailler conjointement pour qu’un projet de loi soit adopté rapidement «dans l’intérêt des enfants».

La Fédération réclame des changements depuis 2016. Elle propose une solution «à coût nul», qui consiste à mettre les protecteurs de l’élève sous la gouverne du Protecteur du citoyen, en donnant aux parents accès à une ligne 1-800 pour porter plainte.

Au cabinet du ministre de l’Éducation, on réitère que l’intention de M. Proulx est de déposer un projet de loi à ce sujet d’ici la fin de la session parlementaire.