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Martin Matte, le minimum syndical

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Ouch ! Martin Matte n’a pas dû aimer les critiques de son spectacle dans les journaux hier : il s’est fait ramasser.

Quand tu trônes au sommet des cotes d’écoute (avec Les beaux malaises), quand les billets de ton spectacle Eh la la.. ! se sont envolés en un temps record, tu t’attends peut-être à ce que la critique soit à genoux devant toi.

Sauf que dans ce cas-ci, je ne peux qu’appuyer à 100 % les commentaires de mes collègues. Clairement, Martin Matte s’assoit sur ses lauriers.

Ouh la la !

J’ai vu le spectacle de Martin Matte alors qu’il était en rodage. J’étais certaine que les numéros plus faibles auraient été ajustés ou retirés. Ben... ça a l’air que non.

Tout le long du spectacle de Martin Matte, je me disais que cet humoriste talentueux « surfait » sur son succès. Oh, on rit dans son spectacle, mais c’est comme s’il se contentait de donner seulement le minimum syndical. Comme s’il s’était dit : « Mon public est gagné d’avance. Il m’aime, peu importe ce que je lui propose. Alors, pourquoi se forcer ? »

C’est sûr et certain qu’un humoriste en début de carrière, avec les dents longues, qui a tout à prouver, n’aurait jamais proposé tout un monologue sur notre relation de dépendance à Facebook !

Les humoristes font des blagues sur les téléphones intelligents et les réseaux sociaux depuis des années. Si tu arrives avec ça en 2018, il faut que tu trouves quelque chose d’original, qui sort des sentiers battus, qui décoiffe. Pas que tu ressasses des commentaires qu’on a déjà entendus mille fois.

Le pire, c’est que Martin Matte n’était pas monté sur scène depuis sept ans. Il me semble que si tu ressens le besoin irrépressible de parler à ton monde dans le blanc des yeux après 84 mois d’abstinence, tu montes sur scène avec ce que j’appellerais « l’urgence du créateur ». Tu as des choses essentielles que tu dois absolument leur communiquer. Tu ne fais pas une tournée pour leur servir du réchauffé de Beaux malaises...

Victime de son succès

Le succès est une arme à double tranchant. Ça flatte ton ego, ça remplit ton compte de banque, ça te donne une confiance en toi.

Mais le succès peut aussi endormir ta vigilance. Tu finis par penser que tu peux tourner les coins ronds et que personne ne va s’en rendre compte.

C’est comme en amour : quand tu as une blonde qui t’adore et qui te le montre tout le temps, le danger c’est que tu te laisses aller, en te disant que même si tu te laisses pousser la barbe, que tu prends 20 livres et que tu pètes au lit, elle va continuer à t’aimer.

Mais c’est un jeu dangereux. Parce qu’il y en a d’autres qui rôdent autour et qui sont prêts à tout pour conquérir son cœur.

Pour faire un parallèle en humour, quand tu as des Guy Nantel et des François Bellefeuille qui présentent des spectacles hilarants et exigeants, tu devrais faire attention de ne pas tenir ton public pour acquis.

C’est justement parce que je sais que Martin Matte est capable d’en donner beaucoup plus que Eh la la.. ! m’a déçue.

Ben oui, déçue.