/lifestyle/family
Navigation

Résoudre une situation-problème

Mathématiques
Photo Fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Léo pleure derrière son isoloir. Je l’entends renifler. Et je vois revoler ses documents.

Qu’il ouvre, ferme, retourne bruyamment.

Il est perdu. Ne sait pas quoi commencer. Par quel bout prendre le problème.

Il est en pleine « SAÉ ». Les fameux « Résoudre » de mathématiques. Ces situations-problèmes apparues dès la première année dans la foulée de l’implantation de la réforme.

Dans moins d’un mois, mes 6e vivront leurs dernières épreuves du genre du primaire. Celle du Ministère.

Je n’aime pas ces tâches.

Ces problèmes mathématiques en deux cahiers de six pages dans lesquels les enfants doivent mobiliser une dizaine de concepts mathématiques.

Dans un seul et même problème. En esquivant les pièges. Autour d’un thème de camp de jour ou du remplacement de la céramique de l’hôtel de ville.

Fractions, aire, volume, géométrie, capacité, multiplications de nombres décimaux.

Faire maîtriser tous ces concepts et les autres isolément est déjà un tour de force dans ma classe régulière.

Les mettre tous ensemble dans une histoire de voyage à Pyeongchang pour six personnes. Avec un budget de 25 000 $.

À des milliers de kilomètres du vécu de mes élèves.

Mais surtout de leurs besoins.

Ouf !

Je ne parlerai pas du temps de correction de ces épreuves. Démesuré. Mais du sentiment d’incompétence qu’elles provoquent.

Quelques-uns ne terminent pas la tâche dans les temps. Jusqu’à deux heures 40 minutes sont octroyées pour faire ces épreuves.

Et deux, parfois trois élèves en viennent à la bonne réponse.

Se préparer

Tout au long de l’année, je fais ce qu’il faut pour que les enfants se frottent le plus souvent possible à ce genre de tâches.

Autant que me le permet mon budget photocopies.

En modélisation. En équipe. En duo. Ce n’est jamais suffisant pour rendre mes élèves prêts.

Même avec une calculatrice et l’aide-mémoire qu’on a bâti et auxquels ils ont droit.

Même après la lecture de tous les documents par le prof juste avant.

Mes élèves finissent quand même par frapper un mur.

Devant cette histoire de collecte de fonds. De ces 35 000 $ à redonner à la communauté. Après avoir attribué une partie du montant à un parc à chiens. Et avoir acheté la bonne quantité de semence à gazon qui couvrira 60 % du terrain...

Leurs yeux devant ce flot d’informations qui leur arrivent en même temps.

Apprendre à évaluer

Pour interpréter et appliquer les balises de correction de l’épreuve, je reçois tous les ans, en juin, une formation.

Après 15 ans en 6e année. Devoir être formée pour évaluer une tâche de maths d’enfants de 11 ans et m’approprier le tableau de critères...

Ce n’est pas ce qui me questionne le plus par contre.

C’est plutôt de constater que d’année en année, l’on assouplisse toujours un peu plus les critères.

Réussir sans réussir, donc.

Plutôt que d’adapter les épreuves au niveau et aux besoins des élèves. Et de maintenir élevé le niveau des exigences et des attentes.

Je vais aller m’occuper de mon Léo. Démuni, derrière son isoloir.

Je comprends bien comment il se sent.

Ce sera facile de trouver les mots.