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Tu as changé, Philippe

Periode des questions
Photo d'archives, Agence QMI Depuis que les sondages le montrent en difficulté, le premier ministre Couillard a utilisé un ton de plus en plus partisan.

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Je me souviens clairement de mes analyses de lendemain de victoire libérale en 2014. Il y avait beaucoup à dire de cet impressionnant retour des libéraux et de la performance de Philippe Couillard. Je me souviens aussi clairement avoir relevé un aspect qui m’avait impressionné : la classe du chef libéral.

Philippe Couillard, malgré les discussions très âpres sur l’intégrité de chacun, avait su montrer un profond respect des adversaires. Il évitait les exagérations et les dérapages si courants aux périodes de surexcitation que sont les élections. Faisant cela, il avait démontré un sens de l’État qui l’élevait au-dessus de cette partisanerie qui finit par dégrader toute la classe politique.

Je crois sincèrement que, sans être le seul ingrédient, cette capacité de rester au-dessus de la mêlée avait contribué à sa victoire majoritaire. En recevant cette confiance populaire qui lui octroyait le siège de premier ministre, on aurait pu penser qu’il poursuivrait résolument dans cette heureuse voie.

Partisan et hargneux

Or, force est de constater que depuis que les sondages vont mal et que la perspective d’une défaite électorale commence à le stresser, il est passé d’un extrême à l’autre. Son ton est partisan au point d’écorcher même les oreilles habituées. Son propos déborde de fiel et de coups bas.

Lorsqu’il s’en prend à François Legault, il fonce comme un taureau dans la couverte rouge. Rien ne semble l’arrêter : des faussetés, des malhonnêtetés, des raccourcis intellectuels. En fait, il n’y a plus un lieutenant libéral qui a besoin d’aller jouer dur dans les coins, c’est désormais le chef qui accomplit le sale boulot.

Le premier ministre pousse son ton exagérément belliqueux jusqu’à entacher la réputation de tout le Québec. Lorsqu’il accuse ses adversaires d’intolérance, lorsqu’il joue avec des accusations graves et fausses d’extrême droite, il est prêt à nuire à l’image internationale du Québec. Il semble dire aux Québécois : « Le Québec sera mien ou il sera sali ! »

Cette semaine, il a eu à répondre à une question tout à fait justifiée de la députée péquiste Catherine Fournier sur les nominations partisanes de jeunes libéraux. Sa réponse à la députée recrue de 24 ans n’avait ni le bon ton ni le bon choix de mots. On sentait en filigrane de son propos une sorte de « ma petite fille, je vais t’expliquer les choses » qui sonnait désagréable. Surtout pour un parti qui courtise les jeunes.

Pourquoi ?

Impossible de reconnaître le Philippe Couillard de 2014. Je n’en connais pas l’explication. Est-ce la peur maladive d’être battu après avoir goûté au pouvoir ?

Est-ce qu’il confond combativité et condescendance ?

Est-ce qu’il jouait un personnage en 2014 ? (Dans lequel cas, moi le gros naïf, j’ai mordu à l’hameçon et l’ai applaudi dans mes analyses.)

Quelle que soit la raison, son ton devient réellement irritant. Cette hargne jure aussi avec le message général des libéraux qui consiste à dire en souriant que tout va bien, l’économie, les finances, les beaux projets, et que ce serait fou de changer. Si ça va bien, soyons zen !