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Tellement en colère contre Cosby et son show

Bill Cosby et la bande de Fat Albert
TMZ / Everett Collection

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Arrogant. Génial. Prétentieux. Hilarant. Dégoûtant. Le père qu’on adore. L’homme qu’on déteste.

Ces mots résument à peine les sentiments qui me tenaillent depuis que le verdict de culpabilité s’est (enfin!) abattu il y a trois jours sur Bill Cosby. Et qui ont fait en sorte que je n’ai pas été capable de rendre le blogue concernant la suite de mes destinations vacances en humour.

Désolée, ça s’en vient, mais je me devais d’abord de purger Bill Cosby de mon esprit.

Je dis «enfin!», car ça en était devenu risible. Une trop mauvaise blague. Un bouton au milieu de la figure de l’industrie américaine du divertissement.

Des rumeurs sur les vedettes, il y en aura toujours. Mais quand les rumeurs s’accumulent sur des dizaines d’années, que des ententes hors cour se signent, que les humoristes commencent eux-mêmes à faire de tristes «running gags» sur les comportements d’un de leurs pairs, il y a anguille sous roche.

Une méchante anguille de la taille d’un anaconda que des dizaines de femmes – plus de 60 à ce jour – ont tenté de dénoncer, mais qui aura été finalement pointée du doigt en public et vue par les médias à la suite de l’intervention de l’humoriste Hannibal Buresss. Enfin!

Et le soulagement est encore plus délicieux étant donné que le premier procès avait été annulé l’été dernier, parce que le jury n’avait pas réussi à rendre une décision unanime.

Et la réaction de l’arrogant Bill en sortant de la cour en juin? Un spectacle! Un vrai Cosby Show! Un sourire prétentieux aux journalistes accompagné de l’invariable phrase fétiche de son personnage pour enfant Fat Albert: «Hey, hey, hey!». J’ai voulu détruire ma télévision quand j’ai vu cette scène d’horreur.

Non seulement il se moquait ouvertement du procès et ne présentait pas l’ombre d’un sentiment d’empathie pour la victime, mais en plus, il mêlait de plein fouet à son histoire le sympathique personnage au grand cœur qu’était Fat Albert.

La génération X connaît l’émission Fat Albert sous son nom de traduction franco-française T’as l’bonjour d’Albert! J’ai grandi avec Albert et sa bande. Je l’ai vu venir en aide à des jeunes qui avaient perdu espoir. Et là, Bill venait de ternir la mémoire du bon gros Albert.

Et cette arrogance, cette suffisance, cet acte de prétention n’a pas été le seul des deux procès. Son attitude a été condamnée par plusieurs observateurs tout au long des procédures, même lors de la sentence et de son «asshole» bien senti envoyé à l’intention du procureur du comté de Montgomery.

Et c’est ce que dénonçait Hannibal Buress en 2014: cette arrogance, ce sentiment de supériorité sur lequel surfait Bill Cosby et qui légitimait son comportement, qui permettait de cacher ses viols répétés sous le tapis de la communauté artistique.

Enterrer vivant mon héros

À l’été 2010, j’étais à Québec. J’avais assisté au spectacle de Bill Cosby à l’Agora. J’étais presque en état de grâce. Je partageais un héros de l’humour avec ma belle-mère. Elle m’avait initiée quelque temps auparavant à certains de ses numéros classiques, dont mon préféré Noah, datant des années 1960.

Pendant mes études de maîtrise, j’ai pu constater les nombreux impacts sociologiques de la sitcom The Cosby Show, tant aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde, dont l’Afrique du Sud. L’homme était un révolutionnaire doux, passant ses messages par le rire, participant à un monde meilleur par le biais de l’humour.

Et j’apprends que c’est un prédateur sexuel sans bornes avec les femmes.

Et je dois enterrer toute mon admiration pour l’homme. J’ai mal au cœur, mais je ne peux pas faire autrement. Je l’enterre vivant. Vivant parce qu’il respire toujours, mais surtout parce que son humour est toujours bien vivant en moi.

Mon mari me demandait si, dans 30 ou 50 ans, je serai capable de revisiter son œuvre sans amertume. Je ne crois pas, non. Pour lui expliquer ma réponse, je lui ai demandé – car c’est un entraîneur de football – si dans 30 ou 50 ans, il aura pardonné à Jerry Sandusky, le très performant, mais tristement célèbre assistant-entraîneur de Penn State, d’avoir agressé sexuellement de jeunes garçons. Sa réponse a été simple: non.

Un loup parmi tant d’autres

Bill Cosby est malheureusement un parmi trop. Certains voient dans le verdict de culpabilité la première victoire en cour de #metoo / #moiaussi. J’ose l’espérer.

Par contre, je continue de me poser certaines questions.

Pourquoi encore mettre en doute la parole des victimes?

Pourquoi certains hommes voient encore dans le viol un signe de virilité?

Et surtout, pourquoi aura-t-il fallu que ce soit un homme qui dénonce publiquement Bill Cosby pour rendre la situation enfin crédible aux yeux de la société?