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La fausse note de Gregory Charles

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Je ne sais pas ce qui me choque le plus. Que Montréal ait payé 10 000 $ à Gregory Charles pour qu’il compose une chanson pour un party du 375e anniversaire de la ville... ou que la chanson, le Blues de Montréal, soit aussi médiocre.

Je ne sais pas ce qui est le plus gros scandale : que Denis Coderre ait pensé que c’était correct de dépenser l’argent des contribuables pour une toune que les contribuables n’entendraient jamais... ou que la chanson soit si insignifiante qu’aucun contribuable n’aura jamais envie de la fredonner, même dans sa douche.

GASPILLAGE DE FONDS PUBLICS

Gregory Charles est un artiste que je respecte et que j’admire. Il est multitalentueux et, jusqu’ici, tout ce qu’il touchait lui réussissait. Mais franchement, quand on te demande d’écrire une toune sur Montréal, la seule chose que tu trouves à faire, c’est de sortir ton dictionnaire de rimes pour arriver avec : « On a le fleuve Saint-Laurent. On a les plus beaux festivals. On a les meilleurs restaurants. Même pas besoin d’un carnaval » ?

Même mon fils de 10 ans est plus inspiré que ça quand il m’écrit des poèmes pour la fête des Mères. Et en plus, il l’accompagne d’un collier en macaroni.

On fête le 375e de Montréal et il n’y a pas, dans le Blues de Montréal de Gregory Charles, une seule mention de... l’histoire de Montréal ? Même pas un clin d’œil à Maisonneuve, à Jeanne Mance ?

« On a le Cirque du Soleil, le mont Royal et le métro La Formule Un sous le soleil Tout ce qui nous manque, c’est les Expos Notre maire a un beau moral Bienvenue à Montréal ! »

Non mais, quelle honte.

Gregory Charles a une vaste culture musicale. Il peut vous chanter les tounes de Montand sur Paris, de Sinatra sur New York, ou de Félix sur l’île d’Orléans. Mais quand il compose une toune sur Montréal, il arrive avec : « On a la mode, on a le look, l’architecture et le design Sur Sainte-Catherine ou sur Sherbrooke, Rien à envier à la Ville-Reine. En plus, toutes nos femmes sont fatales » ?

La seule chose de positif que je peux écrire sur cette chanson, c’est qu’au moins, pour le Bye Bye 2018, les scripteurs n’auront pas besoin d’écrire une parodie de chanson pour se moquer des festivités du 375e. La toune est déjà écrite.

UNE CHANSON AFFLIGEANTE

Si la fabuleuse équipe d’enquête du Journal n’avait pas révélé cette histoire, et celle de la recette du petit gâteau exclusif, jamais nous n’aurions pu entendre cette complainte exécrable à faire saigner les oreilles.

Est-ce parce que vous en aviez honte à ce point-là que vous ne l’avez pas rendue publique, Monsieur Coderre ?

Si j’avais été à votre place, et que j’avais donné 10 000 $ à Gregory Charles, et qu’il m’était arrivé avec ce brouillon médiocre, je lui aurais donné un gros zéro et je l’aurais renvoyé dans sa chambre pour refaire ses devoirs.

En tout cas, à Québec, le maire Labeaume doit rire dans sa barbe. Même dans ses rêves les plus fous, il n’aurait pas imaginé que Montréal pourrait se couvrir ainsi de ridicule avec cette chansonnette d’ascenseur, cette musak insipide qui ne jouera jamais à la radio.

Vraiment, Le blues de Montréal me donne le blues.