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Désertion libérale?

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark

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Avec le ministre David Heurtel qui songe à ne pas se représenter en octobre, les critiques de Philippe Couillard s’en donneront à cœur joie : le navire libéral serait carrément « déserté ». Les choses ne sont pas aussi simples.

Certes, si le ministre de l’Immigration décide de ne pas se porter candidat, ce serait le 14e libéral à ne pas vouloir défendre de nouveau la bannière rouge. Et le quatrième ministre après Jean-Marc Fournier, Stéphanie Vallée et Martin Coiteux à partir.

Tous ces départs annoncés ne respirent pas la confiance, soit.

Sondages

Qu’est-ce qui cause les départs libéraux ? Les sondages en partie, mais pas entièrement. Depuis six mois, ils sont effectivement déprimants pour les libéraux. Le taux de satisfaction est bas, malgré une économie qui tourne à plein régime.

Les francophones sont peu enclins à appuyer les libéraux. Aux yeux des électeurs, les rouges, après presque 15 ans au pouvoir, n’incarnent vraiment pas le changement. Et ce, malgré toutes les ratiocinations (permettez un « mot du jour » ?) du chef Couillard sur le PLQ qui construit toujours de « nouveaux Québec ».

Tout n’est pourtant pas noir sur le front des sondages : les derniers annoncent même une tendance à la hausse pour le PLQ. Un gouvernement minoritaire est même encore à portée de main pour les libéraux. Ils pourraient très bien, encore une fois, surprendre en « rentrant » majoritaires. Alors pourquoi tant de départs annoncés ?

Couillard ?

« C’est Couillard », me répète un libéral depuis l’automne. Cérébral, le chef a fait bien des efforts pour se rapprocher de son « monde », depuis le départ de son controversé chef de cabinet Jean-Louis Dufresne, mais une amertume resterait.

« Autant de départs ? Ils n’auraient jamais fait ça à Jean Charest ! » me dit-on. Et l’on vante le don incomparable de l’ancien chef pour susciter l’adhésion des membres de son caucus et de son parti.

Peut-être. Mais il serait injuste de faire abstraction de deux facteurs très importants ici.

  • D’abord, le réel effet sur la famille, sur les proches, de la politique en 2018. Lorsqu’un politicien affirme quitter la politique parce qu’il veut se rapprocher de sa famille, nous avons tendance à n’y voir qu’un faux prétexte.

Or, la vie politique est peut-être plus exigeante que jamais... « à l’ère des médias sociaux », comme le dit le cliché. Oui, mais pas uniquement. C’est l’ère de l’information en continu ; l’ère dans laquelle la présence de l’élu est requise partout, toujours. Et il y a les caucus, les dossiers complexes à propos desquels il faut développer une position simple ; les accusations (fondées ou non) de toutes sortes, etc.

  • Ensuite, on ne peut ignorer l’effet des nouvelles règles : élections à date fixe doublées de l’interdiction d’obtenir l’allocation de transition (souvent quelque 150 000 $) si on part en cours de mandat sans bonne raison.

Ces changements ont permis de mettre fin à une certaine désinvolture : celle, par exemple, de Monique Jérôme-Forget, réélue lors d’une élection générale en décembre 2008, mais qui démissionna finalement en avril 2009 ! À l’époque, il était peut-être plus facile d’annoncer qu’on se représenterait : quatre mois plus tard, on pouvait décamper avec, dans sa sacoche, une belle allocation !