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Radio-Canada s’écrase devant les Français

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Les idées sont comme le vent. Elles circulent autour de la planète, si bien que les mêmes idées peuvent fuser à Montréal comme à Paris, à Québec comme à New York. Sans compter que plus il y a de créateurs, plus il y a d’idées et plus il y a de chances qu’elles se ressemblent.

En décembre dernier, Radio-Canada a annoncé qu’elle allait enfin renouer avec son auditoire de pré-ados en présentant la saison prochaine une série quotidienne conçue spécialement pour eux.

Cette série mettra en vedette les Pierre et les Roc, deux tribus qui vivent sur une même montagne à l’ère préhistorique. Les Pierre comme les Roc parlent québécois pure laine, ont les mêmes problèmes que nos pré-ados avec leurs parents et leurs semblables. Ils échangent des textos, mais sur des tablettes en pierre.

Écrite par David Leblanc, Marie-Louise Chouinard et Anne-Hélène Prévost, la nouvelle série, produite par Pixcom, devait s’appeler Silex, mais il n’en sera rien. Le titre a tout de suite fait bondir d’indignation l’auteur et l’éditeur d’une bédé française populaire dont on a tiré jusqu’ici 180 brèves vidéos d’animation diffusées sur la chaîne Arte.

L’INFLUENCE DES PIERRAFEU

De toute évidence, l’inoubliable série Les Pierrafeu a influencé les auteurs québécois, comme elle a influencé Julien Berjeaut, le très chatouilleux auteur de la bédé française. Cette bédé et les vidéos d’animation qui en sont tirées s’intitulent Silex and the City (oui, oui, en anglais !) Elle suit les aventures d’une famille paléolithique, les Dotcom, confrontée avec les mêmes problèmes que les familles françaises contemporaines.

Il faut avoir du front tout le tour de la tête pour accuser les auteurs de la série québécoise de « plagiat », alors que le titre de sa propre série est un jeu de mots à partir de Sex and the City, la fameuse série américaine.

De plus, les titres de nombreux épisodes de Silex and the City sont aussi des jeux de mots sur des titres d’œuvres réputées : Poulpe fiction, La terre vue du fiel, 50 nuances de Grecs, La planète des sages, Platon la gaffe, etc.). Ce Berjeaut (dont le nom de plume est Jul comme le nom de scène du rappeur) paie-t-il des droits à Darren Star, l’auteur de Sex in the City et à tous les auteurs dont il joue sur les titres de leurs œuvres ? J’en doute très sérieusement.

RADIO-CANADA S’INCLINE

Au lieu de tenir son bout comme elle aurait pu et dû le faire, Radio-Canada a tout simplement plié l’échine devant l’éditeur français Dargaud et son auteur. Dans un communiqué discret comme si la SRC était coupable, Marc Pichette a annoncé qu’on laissait tomber le titre de la nouvelle série, même s’il n’avait rien à voir avec celui de la bédé française et ne comportait qu’un mot identique. « Une décision qui a été prise pour éviter toute ambiguïté », a-t-il souligné.

J’aimerais rappeler à tous nos lecteurs que Radio-Canada a eu beaucoup moins d’égards pour Marcel Dubé. Le pauvre auteur québécois a réclamé toute sa vie que la société d’État lui paie des droits pour avoir utilisé durant 38 ans le titre de sa pièce Les beaux dimanches, écrite en 1965. Il est mort sans avoir eu gain de cause.

Je croyais comme nous tous que Radio-Canada avait fini depuis longtemps de s’écraser devant les Français.